Heureux qui comme Myriam & Alain ont fait un beau voyage…

Partir en voyage 6 mois en voilier en Polynésie …
c’était une première pour nous deux,
c’était larguer les amarres tout en gardant un port d’attaches,
c’était s’aventurer dans un ‘espace-temps’ pas encore exploré…
c’était être ‘de passage’ où que l’on soit,
c’était aller vers les autres et aussi vers soi.
c’était découvrir un nouvel environnement, une autre culture, dans un cadre tellement généreux…
c’était naviguer dans des eaux sublimes.

Gaia, à Bora Bora
C’est bo, tout simplement…
Sur la langue de sable d’Hirifa à Fakarava

La Polynésie a été à la hauteur du mythe. D’abord, la découverte d’un peuple essentiellement ouvert, accueillant, paisible. Ensuite, des paysages à couper le souffle dans une palette de bleus et de vert exceptionnels, que ce soit à terre, dans la mer ou dans le ciel. Enfin, le plaisir d’une navigation dans des endroits sauvages, désertiques et dans lesquels le mode de vie est unique.

Ce qui a été caractéristique de notre voyage, c’est notre statut de navigatrice.eur et donc ‘météo-dépendant’. Ce qui suppose de s’adapter en permanence aux éléments : au vent, au soleil, à la pluie. C’est vertigineux et pas toujours facile. Enfin, surtout quand il pleut, avec une saison particulièrement pluvieuse cette année sur notre périple !

Il m’a fallu parfois gérer un sentiment d’ennui. Ce que je pensais qui ne m’arriverait jamais ! Ben oui, je me nourris beaucoup de ce qui se passe autour de moi, des contacts avec les autres, et sur un voilier c’est parfois un peu limité ! Alain, de son côté a toujours été occupé entre préparer les navigations, les mener, l’entretien, la pêche…
On a eu des difficultés à se connecter à internet pendant ces 6 mois. On pensait que ce serait synonyme de ‘reposant’, mais comme notre vie est maintenant ‘hyperconnectée’, on est malheureusement ‘coupés’ des autres sans cela.

Une tentative de connexion…

Ce qu’on a particulièrement aimé :

– Découvrir un espace magnifique qui nous était totalement inconnu.
– Le sentiment de liberté qu’on a sur le bateau et le plaisir d’être sur un bateau qui marche bien
– La facilité avec laquelle il est possible d’entrer en relation avec les Polynésiens : d’abord, on se tutoie d’emblée, c’est tellement plus simple ! L’autre n’est pas considéré comme ‘une menace’ mais comme un autre moi-même et la relation s’instaure facilement.  On a pu constater que la gentillesse est une valeur importante dans les familles et transmise dès le plus jeune âge.
– La place des temps sociaux en Polynésie : chants, danse, musique, paroisse, qui rythment la vie.

Enfants qui répètent les danses pour le Heiva
Une soirée à ‘La roulotte’

– La capacité à prendre le temps, ne pas se presser, savourer et rechercher la tranquillité. La simplicité dans les relations : ici, on ne fait pas de chichis et on n’est pas dans un rapport de ‘surconsommation’ au monde.
– Le rapport à l’environnement : une adaptation parfaite des polynésiens vivant dans les atolls.
– Les moments de rencontre avec d’autres voyageurs, à naviguer parfois de concert dans les lagons. Tous ont eu ce rêve de navigation, un jour, et ils sont dans la réalisation de ce rêve.  C’est émouvant. ‘Il ne faut pas avoir peur d’avoir de grands rêves, afin de ne pas les perdre de vue en cours de route’.  

JB au vilolon, à Toau


– Une terre et une mer généreuses et magnifique : poissons, cocos, fruits, légumineuses…
-D’avoir eu plein de littérature sur la Polynésie, grâce à Jean-Claude qui nous fournissait régulièrement en livres à partir de sa propre bibliothèque.


– De revenir et de retrouver ceux qu’on aime !

Et si c’était à refaire…

On resterait plus longtemps aux étapes qui nous plaisaient, sans les contraintes qu’on a eu par rapport aux arrivées/départ des amis. Mais contraintes largement compensées par le plaisir d’être ensemble. Par exemple rester plus longtemps à Toau, Tikheau… . Rester plus longtemps à un endroit, c’est se donner la possibilité d’avoir des échanges plus intéressants avec les gens sur place, même si on reste des touristes pour les populations locales. Elles n’ont pas besoin de nous pour vivre, tout en étant partantes pour partager un instant avec nous. Il faut rester humble dans cette relation.

Si c’était à refaire, on proposerait davantage aux Polynésiens que l’on rencontre de venir faire une balade avec nous sur le voilier, justement pour être davantage dans l’échange, le partage.

Si c’était à refaire – Myriam : ‘J’avais décidé volontairement de ne pas avoir de projet particulier autre que celui de voyager. Si c’était à refaire, je me donnerais un ‘fil conducteur’ car c’est finalement constitutif de ma petite carcasse d’être en ‘mode projet’. Ça me stimule, ça me donne un but. Par exemple, j’interviewais tous les voyageurs qu’on a rencontré -et il y en a eu beaucoup- sur ce qui les a amenés à larguer les amarres. Et j’en ferai un petit bouquin.

On vous souhaite à tous de réaliser vos rêves…

J’aimerais maintenant répondre à Jean qui m’écrivait par WhatsApp le 14 septembre 2019: ‘En lisant le dernier article de ton blog, je me dis que je serai vraiment curieux de voir un article final sur un bilan de ce voyage, comme une réflexion philosophique sur ton rapport au monde.’
Fils, mon rapport au monde est le même depuis très très longtemps : favoriser l’équilibre et la justice, donc la paix ! En Polynésie, ce qui saute aux yeux, c’est une belle capacité à vivre le présent, le plus joyeusement possible. Parce-que la gentillesse est une qualité encouragée. Attention, cela ne veut pas dire que tout le monde est gentil avec tout le monde tout le temps, mais il y a une intention générale. C’est important ça, l’intention…J’aimerais que la gentillesse soit mieux valorisée dans notre société. Ici, on met surtout l’accent sur l’intelligence de la tête -pas forcément du cœur-, l’audace, le courage, la créativité, mais rarement sur la gentillesse. Elle est souvent perçue comme l’expression d’une faiblesse ou bien on s’imagine qu’elle cache quelque chose : la personne gentille attend forcément quelque chose en retour. Je pense que la gentillesse est le contraire de la faiblesse : c’est une force. Eh oui, c’est beaucoup plus difficile de rester optimiste, calme, souriant.e, à l’écoute que de mépriser ou user de la violence. La gentillesse est donc une valeur carrément moderne à mon sens. Bon, c’est pas facile et pas gagné, mais ça vaut le coup d’essayer. Dans la pratique et en vrac, c’est sourire aux personnes qu’on croise dans l’ascenseur, dans l’immeuble, dans les commerces, au boulot, dire quelques mots sympas quand une personne n’est pas en forme, c’est rendre service spontanément, dire aux gens qu’on les aiment,  être optimiste (voir le verre à moitié plein – Dans la vie, on a toujours des bonnes raisons de se plaindre hein, mais surtout tant de choses incroyables à savourer!),  être indulgent.e avec autrui et ne pas juger trop vite ceux qui croisent notre route.  ‘Disposition positive à voir le bon côté de l’autre, la gentillesse n’a rien d’obligatoire : je peux choisir de ne pas être gentil sans pour autant être un affreux méchant. Peu coûteuse en temps et en énergie, c’est pourtant une vertu efficace qui se cultive et qui se transmet facilement. Elle produit de la bonne humeur, du lien social et rend la vie plus douce. « Sans faire de nous des Jésus ou des superhéros, elle a le pouvoir de nous élever un peu, de nous anoblir, avec peu d’efforts », observe Emmanuel Jaffelin.
En fait, c’est surtout cette ‘leçon philosophique’ que je conserverai de ce voyage: la gentillesse comme un beau levier pour améliorer les relations humaines …
Bien loin de notre société Française où la peur et l’anxiété occupent l’essentiel de l’espace médiatique alors que nos conditions de vie sont encore enviées partout dans le monde, même si beaucoup de progrès restent encore et toujours à faire pour faire baisser la pauvreté et faire grandir l’écologie.

Et maintenant, place à de nouveaux rêves, à de nouvelles espérances et yella la vie ! On vous embrasse

Et quelques chiffres pour terminer …
Durée du voyage : du 29 mars au 6 octobre 2019 – 189 jours – 2315 miles parcourus – 11 îles visitées dans 2 archipels. On est loin d’avoir fait le tour, puisqu’il y a 5 archipels et 118 îles en Polynésie ! – Personnes à bord : Myriam & Alain,  Jean-Claude (47 jours), Elsa & Clair-André (28 jours ) Mathieu & Céline (16 jours); Cécile & Hadrien (10 jours) – 1 orteil cassé –

Les 5 archipels de Polynésie française… Un territoire grand comme l’Europe
Notre parcours: on est loin d’avoir fait le tour !

Voici ‘Les 5 secrets pour voyager’ de Nams et Mouts que j’ai découvert pendant le voyage et j’adhère….

  1. Avoir quelque chose à partager, à offrir : un talent, un service, des petits cadeaux
  2. Oser dire ‘oui’ aux opportunités, à ce qui arrive, même si on ne connait pas
  3. Respecter ses limites : ‘là, je ne le sens pas ou au contraire, là je le sens’. Suivre son intuition.
  4. Bien connaitre et assumer ses besoins.
  5. Être clair dans ses intentions.
  6. Être connecté aux autres.

Pour ceux qui ont envie d’en savoir plus sur la gentillesse… quelques mots d’autres sur le sujet
Serge Tisseron : ‘l’empathie, demande réciprocité : « Être à l’écoute des pensées et des émotions de l’autre, tout en acceptant qu’il ait accès aux miennes et qu’il m’apprenne des choses sur moi », rappelle-t-il. Une disponibilité à l’imprévu qui exige, justement, sécurité intérieure et confiance en soi. Loin d’être une faiblesse qui inhibe le moi et l’empêche de rencontrer autrui, c’est une force qui permet de s’ouvrir aux autres. « Pour être librement gentil, il faut avoir le choix de ne pas l’être », À la différence de l’anxieux social qui n’ose pas s’affirmer, « la gentillesse consentie dépend du contexte. C’est un choix comportemental qui me laisse la possibilité de faire un pas en arrière si je constate que l’autre ne la mérite pas. Non un engrenage de soumission ».

La gentillesse combat l’ignorance, dissipe la peur et la méfiance. Ce qui n’est pas sans danger : parce qu’elle nous relie les uns aux autres, elle crée l’intimité que nous cherchons et que nous redoutons à la fois. Elle nous fait prendre un triple risque, selon Serge Tisseron : « Je peux me sentir envahi par les émotions d’autrui ; craindre qu’il profite d’avoir accès à mon intériorité pour me manipuler ; ou appréhender, en acceptant de m’ouvrir aux autres, de compromettre mon indépendance. » Celle que nous cherchons dès nos premiers pas et que nous redoutons tant de perdre en vieillissant.

Pourquoi, entre ces deux extrémités de la vie où nous dépendons de la bienveillance des autres, ne pas accepter d’en faire preuve à notre tour ? « Dans une société individualiste, de compétition, où dominent les rapports de force et les affrontements communautaires, elle ne semble pas l’équipement de survie le plus approprié, note le philosophe Michel Lacroix… Alors que c’est justement ce qui peut nous sauver de la “barbarisation” ! Indispensable à l’harmonie sociale, il est grand temps de restaurer la gentillesse si l’on veut préserver notre écosystème relationnel. Sans elle, nous n’avons pas d’avenir. » Parce qu’elle est ce qui nous unit, en dehors des rapports familiaux ou d’intérêts, mais aussi parce que notre bonheur est inextricablement lié à celui des autres. Et que vivre sans est simplement insupportable. « L’irrespect, le mépris, l’agressivité nous plongent dans une guerre sociale qui nous épuise et nous fait souffrir », regrette le philosophe. Tandis que « le plaisir, la chaleur et le réconfort provoqués par la gentillesse n’ont jamais rempli les cabinets de psychiatrie », remarque Frédéric Fanget.

Une fin qui n’en sera jamais vraiment une …

Nous sommes de retour à Gardanne depuis le 7 octobre ! Fin d’un voyage exceptionnel dans les eaux polynésiennes. Cet article décrit notre dernier mois, à bord de Gaïa et à terre. Le suivant -et dernier article- sera une réflexion plus générale sur ce voyage unique…

Raiatea, vendredi 13 septembre  – Marina Apoitii

On a laissé Clair-André et Elsa à l’aéroport hier, non sans émotion et on est allés à la marina d’Apoitii, en attendant l’arrivée de JC . On est à quai. Oui vous avez bien lu : à quai !  on profite d’avoir de l’eau à volonté -oui, vous avez bien lu : de l’eau à volonté !- pour se lancer dans de grandes lessives. Faire couler l’eau sans restriction est jouissif. On n’abuse pas non plus, hein ! C’est aussi l’occasion de faire de l’entretien du bateau : vidange du moteur par exemple.

La marina D’Apoitii, agréable et bien protégée

JC arrive à bord et on en reprend dans la foulée notre navigation vers le Sud de Raiatea. Parfois il y a du vent, parfois il pleut, parfois il fait soleil, mais il ne fait pas si chaud. En naviguant dans le lagon de Raiatea, on a la chance de voir des baleines à moins de 200m du bateau. Fascinant… elles sont 3 dont 1 baleineau. C’est la saison des baleines en Polynésie, elles viennent à cette période, entre juillet et octobre, pour donner la vie. Elles passent à moins de 30 m d’une va’a dont le rameur se retourne tranquillement avant de continuer sa route.

Plongeon d’une baleine…

On aura l’occasion d’en voir encore 2 autres fois et surtout de les entendre chanter: la coque du voilier fait caisse de résonance. Magique !

On alterne navigations de quelques heures dans le lagon, lectures, balade et visites. Alain est plus détendu car les conditions de navigation sont plus faciles que dans les Tuamotu.  

Marae de Taputapuatea
Fabrication du coprah: ramasser les noix de coco, les fendre en deux, les laisser sécher 2 ou 3 jours, dégager la pulpe à l’aide du pana, laisser sécher encore quelques jours, mettre en sacs de 25 kg, amener au port pour chargement vers le port de Tahiti où la coco sera transformée en huile de coco.

Mardi 17 septembre. Raiatea- Tahiti – Départ à 6h du matin mardi : houle croisée, bon vent jusque dans la nuit, puis moteur. JC a le mal de mer, je suis patchée ‘scopoderm’ et ça va. Je fais mon quart de 22h à 1h du matin. Il pleut. A 6h du matin mercredi matin on est devant la passe de Topiro, au sud de Tahiti quand le moteur s’arrête d’un coup. Cela me réveille : en ouvrant les yeux, je vois Alain et JC devant l’escalier ouvert, la tête dans le moteur. ‘Ça va ?’ ‘Nous oui, mais le moteur est en panne’. Ah ! Pour bien faire, il pleut, il n’y a plus un souffle de vent et Gaia devient de moins en moins manoeuvrant.

Panne de moteur, sous un temps splendide !

On essaie de tirer des bords mais c’est un exercice délicat sans vent et le courant nous ramène doucement vers le récif. On se décide finalement à contacter le centre des secours en mer : ‘Vous êtes en panne ?’‘Oui’ ‘En détresse’ ‘Non, pas encore’. Il est convenu que des secours seront mis en oeuvre si on se rapproche encore du récif. Alain continue son exploration méthodique du moteur. Il pleut toujours et on est très silencieux à bord. Étonnamment, je n’ai pas fait de photos ! A 13h, alors qu’on arrive difficilement à se maintenir au même endroit, que la houle est forte et que chaque mètre qui nous éloigne du récif est vécu comme une victoire, Alain arrive à faire redémarrer le moteur. Quel capitaine ! C’est la joie à bord…  Certainement un problème de qualité du gas-oil qui a encrassé le pré-filtre. 

Autant dire que l’arrivée à la marina de Taina à 16h est une fête… et on termine la journée au restaurant, devant une pizza et un mahi-mahi aux gnocchis. Délicieux ! A 20h on est au lit, raides fatigués. JC a quitté le bord à 16h30.

Jeudi 19  septembre 2019 – Marina Taina vers le port de Nairiri

On reprend la mer, vers la passe de Taina, assez sport, il y a des surfeurs. Il fait beau. Navigation en pleine mer et passe d’Aifa. Soit disant ‘praticable en tout temps’, il y a aujourd’hui des déferlantes car la houle a été forte et il y a un haut-fond au milieu de passe. Pour la 1ère fois, du voyage j’ai peur : peur que le bateau se mette sur le récif, peur de la puissance de la mer, une peur irrationnelle, mais présente. Heureusement, cela ne dure pas.

Déferlante derrière… évitée !

Je suis contente d’entrer dans le lagon.  On arrive peu de temps après au port. Pas de place à quai. En même temps, le port est tout petit, il y a 4 places pour les visiteurs. On mouille quand même au milieu du bassin et on va s’assurer auprès des locaux qu’on peut rester là cette nuit. Les pêcheurs de la coopérative sont attablés devant des bières. Ils commentent leur journée de pêche. Dolo –comme Dollar- nous donne son OK et nous invite à prendre place parmi eux. Les 2 heures suivantes sont animées et très sympathiques. ‘Ce n’est pas tout le monde qui fait le geste de venir nous voir, certains bateaux de passage ne viennent pas nous saluer, on est contents que soyez là’.

Le petit port de Nairiri
Départ d’un pêcheur, sur son potimarara à Nairiri

Vendredi 20 septembre  – Nairiri vers Port Phaeton

La sortie de la passe d’Aifa, se passe mieux que l’entrée : la houle est moins forte , pas de déferlante en vue. Navigation de 2h, tranquille, on arrive à Port Phaeton à 14h30. Descente à terre : on cherche à remplir le jerrycan de gas-oil (20l). On amarre l’annexe devant le ‘boulodrome’ et on discute un instant : ‘On est une association, on est ouvert le vendredi et samedi. On se relaie toutes les 5 semaines pour gérer le lieu. C’est mon mari qui fait à manger ce soir.  Le plat est à 600F. Vous trouverez une station essence après le Carrefour, juste en haut’. Le soir, il pleut, mais on se motive pour aller au boulodrome et on ne le regrette pas. C’est bon, l’ambiance est cosmopolite et conviviale.

Direction Tahiti Iti, la presqu’île…

Lundi 23 septembre 2019 – Matiti vers Motu Fenua i no – Belle nav dans le lagon. Les paysages sont magnifiques : verdoyants, lumineux.

On sort vers le large à la passe Havae, LA passe mythique pour les surfeurs avec la vague de Teahupoo. A 8h30 il y a déjà une 30aine de surfeurs sur l’eau, à attendre ‘LA’ vague et quelques bateaux de tourisme venus admirer les  sportifs. La hauteur des vagues est impressionnante, le fracas des vagues sur le récif l’est tout autant, c’est assez fou d’aller se mettre dans cette puissance marine… Chapeau les surfeurs ! On ne reste pas trop sur la zone, pas très sûre pour le bateau.

Dommage, mais contents d’avoir vu tout ça. On continue vers le motu Fenua Ino. On passe la pointe Sud de Tahiti, devant les falaises de Pari on tire un bord, puis un autre, il y a 20 nœuds de vent. On est bien secoués -comme souvent-, mer croisée, au près. Partis à 8h15 on arrive à 13h30. Le lieu est magnifique. Michel nous guide vers la place du mouillage. ‘Il n’y a pas beaucoup de voiliers qui s’arrêtent ici. Bienvenue’. Puis balade sur le motu, qui a été aménagé pour accueillir des touristes. Michel nous accueille dans sa maison. Il est ancien naviguant sur Air France : ‘J’ai arrêté de travailler à 50 ans. A l’époque, ils nous donnaient 100 000 euros pour partir, j’ai sauté sur l’occasion. Je vis ici depuis 15 ans. J’ai grandi ici. J’ai développé pendant quelques années une activité de ‘tour opérator’. J’allais chercher en bateau les touristes à Tautira, ils passaient la journée ici. Il y a même des gens qui louaient le motu pour le week-end . Mais j’ai arrêté car il y avait trop de bruit, d’alcool et  ça ne m’intéresse pas. Ce qui me plait ici, c’est la tranquillité et  c’est d’ailleurs pour cette raison que nous, les habitants, avons refusé qu’une route soit ouverte entre Tautira et Tepati. Malheureusement, je vis seul ici, ma femme et mes enfants sont en ville, à côté de Papeete. Je ne peux pas m’absenter facilement,  car il y a beaucoup de problèmes de vol ici. Je dois trouver quelqu’un qui vienne pendant mes déplacements et ce n’est pas facile’. A 16h, la navette maritime ramène 2  enfants de l’école : chaque jour à 6h le bateau vient les récupérer au bout du ponton devant chez eux et 45 min plus tard ils sont à l’école de Tautira. La 1ère navette est à 5h20 pour les collégiens/lycéens qui vont jusqu’à Taravao. Sacrée logistique ! On quitte à regret ce lieu, après une belle balade le long de la rivière…

Motu Fenua Ino

Jeudi 26 septembre.  Le retour à Papeete. Ce matin, départ de Tautira à 7h, direction Papeete. Ca y est, c’est la dernière étape . Il fait beau, l’air est clair. 30 miles et une arrivée  prévue à 13h. Belle navigation à la voile. D’abord du vent, puis pas de vent, puis beaucoup de vent  (25 nœuds) dans le dernier tronçon.  Arrivée sportive au port d’Arue, notre dernière étape, il y a juste une bonne rafale de vent quand on amarre Gaia. Un signe d’Eole en guise de salut ? Nos pensées balancent entre fin de quelque chose, plaisir d’avoir réussi ce voyage en voilier et fatigue aussi… Les derniers jours sont consacrés au grand rangement/nettoyage/ménage de Gaia, avant la passation à Seb et Charlotte. Ils sont arrivés de Moorea avec Man’o, c’est aussi leur dernière traversée sur leur Karaté… Moments très sympas ensemble.

Charlotte et Seb, qui arrivent avec Mana’o le karaté sur lequel ils vivent depuis 1 an. Ca va les changer d’être sur Gaïa, pour sûr ! Ils sont joyeusement impatients…

Lundi 30 septembre 2019 – Arue – C’est notre dernier jour sur Gaïa. On accueille Seb et Charlotte avec des colliers de fleurs pour leur arrivée sur ‘leur bateau’ et leur déménagement se fait, en quelques brouettes. Ce soir, c’est apéro Gaïen : Marine et Adrien à qui nous avons acheté Gaïa, avec leurs 2 baby, Seb et Charlotte les nouveaux proprios, Alain et moi, et JC qui nous rejoint un instant.  Super soirée à parler de navigations, du plaisir de voyager, de la Polynésie, de projets variés et divers…

Du mardi 1er octobre 2019 au vendredi 5 octobre.  On loue une voiture jusqu’à notre départ et on arpente Tahiti  et sa presqu’île par la terre : la vallée de la Papenoo, le plateau de Taravao, la remontée le long de la rivière à Tautira, et plein de petites balades.

Ce samedi 5 octobre, on décolle vers Paris, la tête pleine d’un voyage exceptionnel qui va nous accompagner encore longtemps .

Confection de colliers en fleurs, en signe de bienvenue, à l’arrivée…
Pour le départ, c’est un collier en coquillages…

Rangiroa, seuls au monde…

L’arrivée des Marquises  de l’Aranui, un bateau mi-fret mi-passager, est toujours une fête : c’est l’assurance d’avoir à profusion des bananes, pamplemousses –très doux et délicieux- , citrons verts –-très doux et délicieux également- , bananes, mangues. A condition d’être sur le quai dès que la barge de l’Arenui accoste à 7h. On y était et on fait le plein… C’est bonnnn.  

Alain a profité d’être à la mythique passe de Tiputa pour plonger avec des bouteilles, étant le seul à avoir le niveau 1. Bingo : il a pu ‘danser ‘ avec 2 dauphins et même les toucher car ils étaient très sociables. Nous avec Elsa et Clair-André, on a vu aussi des dauphins, mais du bord. Très chouette aussi.

Ils sont arrivés en annexe, grand sourire aux lèvres : ‘Bonjour, c’est vous Myriam et Alain ?’ ‘Oui, oui’ ‘Nous aussi, on est Myriam et Alain‘. Eclats de rire, présentation, invitation à prendre l’apéro… M&A sont sur Alaia, un catamaran et ils naviguent depuis 1 an ½.

Après un repas, puis un apéro, on décide, à l’aide d’une GPC -Gestion par consentement- en gros prise de décision par consentement, #gouvernance partagée, #intelligence collective, #Myriades J –  Pas évident, mais belle tentative. Bref, on décide donc de naviguer de concert –Alaia et Gaia-  pendant quelques jours  dans le lagon de Rangi.  Miracle, le vent finit par se calmer, la météo est super : à nous le ‘lagon bleu’, le Village abandonné d’Otepipi, faire une deuxième tentative de pêche à la langouste le soir sur le platier –toujours sans succès mais très sympa-. C’est pourtant simple : attendre que la nuit soit là, que la marée soit basse, que les langoustes remontent du tombant, repérer avec sa lampe 2 yeux phosphorescents dans l’eau, se placer derrière la langouste et l’attraper.  On n’a même pas été jusqu’à l’étape des ‘yeux  phosphorescents’. Dommage ! Ou alors on n’a pas été assez patients… On s’est quand même rattrapés avec des super barbecues le midi, spécial ‘pêche du jour’ : là, un magnifique bec de canne pêché par Alain2 et cuit sur la ‘soupe de corail’. Délicious ! Tout cela ‘seuls au monde’ !

Tikheau et son requin marteau…

Alaia est reparti vers Tiputa et nous vers Tikehau le 27 août, une petite navigation de 8h. Ils nous ont laissé de la levure pour faire du pain, Elsa était à la manœuvre, pour le plus grand bonheur d’Alain, qui a néanmoins décrété qu’il fallait économiser nos réserves de gaz.

On était contents d’arriver à Tikehau, au village (300 habitants), dans le petit port sans aucun service à quai mais relativement au calme. On a passé 2 jours très sympas, à divaguer dans le village, à discuter avec les uns et les autres et à faire quelques activités très utiles : du petit entretien de Gaia, les courses et le plein d’eau au hangar communal (150 litres x 8cts d’€/litre) ramenés avec une brouette. On est aussi allés à la mairie payer notre nuit au port, 28€ la nuit,  normalement. ‘On va peut-être rester encore ce soir’. ‘Vous payez une fois, ça suffit, ce n’est pas la peine de revenir payer demain’. ‘Bon, d’accord’. Le policier nous demande si on se plait à Tikehau et on discute avec Tauné de son idée de faire un café, elle nous en offre un, sympa. Pénélope arrive : ‘je suis ici depuis 1 an, mon copain est moniteur de plongée. Je prends le temps de vivre, je lis, j’écris mon rapport au monde, pourquoi je ne me sentais pas à ma place dans la société occidentale, le rôle de la religion, la surconsommation. Ici le temps passe autrement, c’est doux. Les relations sociales sont chouettes, on ne court pas dans tous les sens. Avec mon copain, on va faire du voilier, on ira dans des endroits encore plus tranquilles. Oui, oui,  je suis restée à Tikehau pendant tout ce temps, je n’ai pas eu besoin d’aller ailleurs, j’ai tout ici’. On discute aussi avec des Australiens, qui sont sur un catamaran : ‘On a acheté le bateau à Papeete il y a 1 an, on n’avait jamais fait de voile avant, mais on faisait du bateau à moteur en Australie. Un skipper nous a formé pendant le 1er mois et après, on s’est débrouillés tout seuls. Dans les livres, par l’expérience… ‘ –  Ben vous alors ? respect monsieur, madame …

On a vu 3 raies mantas à la ‘ferme de nettoyage’ : en gros, les raies mantas viennent chaque matin à un endroit dans le lagon pour se faire toiletter par certains poissons (petits). Magnifique de nager avec elles. C’est beau, majestueux, gracieux. On était à quelques mètres ! Merci la vie…

Ensuite on est allés plus loin dans le lagon, au ‘jardin d’Eden’, une communauté qui vit des produits de la terre /mer, comme à l’origine de la vie. Très chouette et même s’il y a une dimension religieuse très marquée qui ne me parle pas, mais qui est vécue avec beaucoup de tolérance.

On a continué notre tour du lagon et on n’est pas nombreux… juste quelques bateaux croisés et le bleu du lagon …

On s’est posés devant la passe de Tikehau, pour le plaisir de descendre la passe en courant entrant en se laissant dériver avec l’annexe le long du tombant. Le tombant est pas mal, mais pas fou non plus, pas de gros poissons.  On se rapproche des parcs à poissons, à la sortie de la passe, il n’y a que 6 à 8 m d’eau, des patates de corail, l’eau est transparente et là, là, un gros requin marteau arrive sur le côté. Comme j’en ai  jamais vu et que je trouve que ce poisson a une drôle de gueule, j’en ai pas peur et je le montre à Clair-André, Elsa et Alain qui remontent fissa sur l’annexe ‘c’est un requin marteau !’. Une belle bête de 4 à 5 m, qui est passée à 8 m de nous maximum. Le requin avait l’air tranquille, pas du tout en chasse et je crois qu’il a eu aussi peur que nous … On a bien rigolé… après !

Allez, on continue le périple, direction Huahiné…

Départ à 6h le lundi 2 septembre pour une navigation de 33h avec une arrivée le lendemain à 15h.  Au début, ça allait bien, mais avec la houle et le vent arrière ça swinguait fort sur Gaia. Par précaution, je m’étais patchée ‘anti-roulis’ avec le scopoderm,  donc je n’ai pas eu le mal de mer. Elsa a vraiment le pied marin, tout a été OK pour elle, Clair-André s’est patché aussi en cours de route et notre capitaine émérite a assuré pour tout comme d’hab ! On a tous fait nos quarts de nuit comme de parfaits équipiers que nous sommes…

A Huahiné, on passe du bon temps à Faré, à rencontrer encore d’autres voyageurs, des polynésiens, on se balade en voiture dans l’île, on discute de plein de choses avec Elsa et Clair-André, de CNV (communication non-violente), de l’immense vertu de la gentillesse, à cultiver et encore cultiver dans nos sociétés, plutôt que le stress et le rapport de force,  de ce voyage pas toujours facile pour moi. Elsa : ‘Ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir être dans cette liberté de l’instant, de ne pas avoir de programme, de vivre au jour le jour’. T’as raison copine !

Ensuite, a continué vers Raiatea (8h de nav), d’où Elsa et Clair-André nous ont quitté hier, après un super mois ensemble…

Pour la dernière étape du périple, on va aller explorer à partir du 15 septembre le Sud de Tahiti, avec JC qui nous rejoint demain.

Toau, Apataki, du bleu, tous les bleus…

C’est à l’anse Amyot (atoll de Toau) que nous avons fêté les 61 ans d’Alain le 1er août. On était déjà passés dans cet endroit  fin juin et c’était chouette de revoir Valentine et Gaston. ‘Oui, c’est possible de faire le repas demain midi, oui, on a des langoustes. C’est bien si tu trouves d’autres convives sur d’autres bateaux, 4 ou 5, mais sinon, c’est pas grave, ça sera bien aussi entre nous’. Finalement, on s’est retrouvés tous les 4 + Enrique…

Enrique vient de Madère et arrivait des Marquises :‘4 jours, vent de travers, parfait’.  Il fait un tour du monde particulier : à bord de son voilier, un 33 pieds des années 90, il transporte 200 litres de vin de Madère, dans 2 futs, sous scellés. ‘C’est la 1ère fois dans l’Histoire que le vin de Madère fait un tour du monde en voilier et c’est aussi la 1ère fois dans l’Histoire qu’un Madérien fait le tour du monde en voilier. En revenant à Madère, j’espère vendre le vin très cher’ dit-il dans un éclat de rire. C’est un personnage haut en couleur, très bon vivant, qui fait travailler ses enfants :’l’un  s’occupe de mon bar, l’autre s’occupe de ma maison d’hôte. Ils me donnent un ‘salaire’ pour que je parte voyager et que je les laisse tranquilles’. Rires.

On passe une excellente après-midi, à discuter des histoires de famille, qui sont aussi sportives ici qu’ailleurs…. Valentine : ‘Mes parents ont fui la maison, car mon grand-père ne voulait pas qu’ils se marient. C’est comme ça qu’ils sont arrivés d’Apataki à Toau (5 à 7 heures de navigation selon la météo) avec un petit bateau qui avait un tout petit moteur…Ma mère est revenue accoucher à Apataki et mon grand-père voulait me garder avec  lui, mais ma mère ne voulait pas, donc on est repartis en mer en pleine nuit, en se guidant avec les étoiles. J’avais 3 jours. C’est peut-être pour ça que j’ai toujours aimé la mer… ‘

Le père de Gaston est corse, mais il l’a très peu connu : ‘il était militaire quand il a rencontré ma mère. Il a du rentrer en France quand elle était enceinte. Il est revenu nous chercher quand j’avais 9 mois, mais les parents de ma mère n’ont pas voulu nous laisser partir. Depuis, je n’ai plus eu de nouvelles directement, mais j’ai appris que lorsque  j’étais petit, il a appelé plusieurs fois à la mairie pour savoir comment on allait. Aujourd’hui on a internet, mais jusqu’il y a 10 ans, on était très isolés. On a oublié que pendant très longtemps, la seule manière de se donner des nouvelles c’était par les goélettes, le courrier ou par la radio. Il y avait une émission très suivie ici dans laquelle chacun pouvait faire passer des messages à la famille dans les autres îles. Parfois, les gens oubliaient que toute la Polynésie les écoutait et ils avaient des messages très personnels, ou très codés’.

Enrique n’avait pas que du vin de Madère sur son bateau : il avait un magnum de rhum de 3 litres, du baccardi, que nous avons commencé à déguster à 15h ! Autant dire qu’on n’a pas fait long feu le soir…

Ensuite, on est partis vers Apataki, continuer notre visite des atolls. Encore un atoll ?  ben oui, chacun est ‘ni tout à fait le même ni tout à fait autre’, chacun permet de vivre des expériences différentes, dans d’autres lieux, avec d’autres personnes.

A Apataki, en arrivant, nous n’avons pas pu nous arrêter au village qui se trouve devant la passe et où vivent 400 habitants… Le mouillage était trop exposé au vent d’est. On a donc continué vers un mouillage plus abrité : 3heures  supplémentaires de navigation dans le lagon. Cela signifie que l’un de nous doit tout le temps être en veille à l’avant du bateau, pour signaler les patates de corail ou les bouées de ferme perlière,  car le lagon n’est pas hydrographié (en gros, il n’y a pas de carte maritime précise). Il ne faut pas que le temps soit couvert  et il ne faut pas avoir le soleil dans les yeux pour voir les patates de corail qui pourraient affleurer et dans lesquelles on pourrait ‘taper’ : le bateau ‘dépasse sous l’eau’ d’1,70m : c’est ce qu’on appelle le ‘tirant d’eau’.

On est  bien arrivés au mouillage, en face du chantier de carénage. Site magnifique, petit chantier familial. Rien à voir avec nos gros chantiers ! Quelle audace d’avoir fait un chantier au milieu de nulle part.

En arrivant à terre, on salue Tony, le cousin de Valentine et lui on transmet ‘qu’Ils vont bien et s’ils ne donnent pas de nouvelles, c’est que le téléphone ne marche pas : le technicien de Fakarava était en vacances, mais il est rentré hier, ca devrait remarcher bientôt’. ‘Ah, OK, c’est pour ça que je n’arrive à joindre personne ! ‘ ‘Gaston et Valentine vont essayer de passer un de ces jours, mais ils ne savent pas encore quand’ .Tony, dans un grand sourire : ‘Quand Valentine dit demain, ça peut être le demain de demain ou un autre demain, ce n’est jamais sûr avec eux, mais on sera heureux quand ils arriveront’.

La famille vit sur place : Les parents,  Assam et sa femme sont installés ici depuis 35 ans. Alfred leur fils et Pauline sa femme,  gèrent le chantier, ouvert en 2009. Alfred : ‘le chantier marche bien, on a du travail toute l’année, avec un petit creux en janvier/février, heureusement ! On a refusé 38 bateaux pour l’hivernage cette saison. La réalité, c’est qu’année après année, il y a de plus en plus de voiliers’.

Tony (le fils) est chef mécano (en plus de sa formation de bijouterie) + 2 employés.

Assam : ‘Je suis venu vivre ici dans les années 80, à ma retraite avec ma femme. On était les seuls ici. Chaque fois que des voiliers passaient, je les invitais pour discuter, passer un bon moment. On faisait des barbecues sur la plage car la maison était trop petite.’

Assam et sa femme ont développé un potager hors-sol, car c’est difficile de faire pousser des légumes  dans  la ‘soupe de corail’, juste bonne pour les cocotiers.  Et puis, il y a les rats, les crabes qui font autant de dégâts que les lapins, les sangliers… Faire pousser des salades ici, respect !

Ils ont aussi développé un élevage de 400 poules pondeuses qui permet d’approvisionner tout l’atoll et les atolls environnants.

Assam : ‘J’ai commencé à faire des légumes, puis à produire des œufs et j’ai fait une ferme perlière qui a très bien marché pendant des années’. Il fait un geste de croissance verticale avec sa main et un grand sourire! ‘Alors on a beaucoup voyagé avec ma femme, partout, en France, aux Etats-Unis. On aimait voir toutes les choses incroyables qu’il y a dans le monde, mais on aimait tout autant revenir chez nous, être au calme, dans notre maison. Notre fils, Alfred qui travaillait à Tahiti, s’est installé avec nous quand on a fait les perles.  Quand ça n’a plus marché, au début des années 2000,  il a eu l’idée de faire le chantier de carénage. C’est un succès ! Pour nous c’est bien d’être ensemble. Chacun a son ‘faré’ (habitation),  et on a un ‘faré cuisine’ pour nous tous. Comme ça, on mange souvent ensemble. Le ‘Faré’ d’Assam est resté très simple, par choix. Quand les perles marchaient bien, ils auraient pu se construire une plus grosse maison, avoir plus de biens matériels. ‘Pourquoi ? on est bien comme ça’.

Assam et sa femme sont deux personnes très agréables, souriantes et parlant très facilement de leur vie. On passe donc un très bon moment à discuter avec les uns et les autres et on repart au bateau avec de la salade, des concombres,  des œufs… C’est trop bon…

Ensuite, on est partis 2 jours dans le Nord d’Apataki, très très sauvage

pour revenir hier au Chantier, en prévision d’un coup de vent pendant 2 jours. Y’a en vraiment beaucoup du vent cette année …

Ensuite, en route vers Rangiroa, on s’est arrêtés au village d’Apataki. Un merveilleux petit moment : la goélette venait de passer, on a pu s’approvisionner de frais au magasin. Trouver quelques légumes aux Tuamotu est toujours une fête…  Le village est petit mais très agréable. Tout le monde se déplace en tricycle, c’est doux… Il y a une grosse activité avec les fermes perlières qui emploient une bonne partie des habitants. La gentillesse est toujours de mise : ‘prend mon tricycle pour ramener tes courses sur ton bateau, tu me le ramèneras quand tu auras fini’.

Le village d’Apataki: nouvelles du soir, de son tricycle !

On était bien en forme pour notre navigation de nuit. On a été bien secoués car on n’a pas eu assez de vent  -pas de bol hein !!! – et la belle houle du Pacifique était quand même là… Mais je n’ai plus le mal de mer depuis 2mois. Petite danse de la joie …

On est arrivés à Rangirora après 20h de navigation.

Et là, on attend Elsa et Clair-André qui arrivent dans quelques heures pour 1 mois. Chouette !  Ils sont là…

Bonne arrivée en Polynésie ! Collier de fleurs réalisées par nos petites mains..

Et le voyage continue, les nouvelles on vous les donne au rythme des connexions possibles …

TUAMOTU… la vie, entre mer et mer

Cela fait maintenant 2 mois que Gaia navigue dans l’archipel des Tuamotu. La météo a été très particulière cette année : beaucoup de vent et de pluie. Il a fallu s’ adapter !  

On a passé des moments assez exceptionnels à Toau, dans le lagon sauvage, à s’amuser à faire les Robinson. Je précise bien ‘à s’amuser’ car on ne manquait de rien à bord.

Notre capitaine préféré

La 1ère fois, on est partis à 3 bateaux de Fakarava : Serge, Gianni sur Imagine, Jean-Baptiste sur Oneiros et Alain, JC et moi sur Gaia) : 5 jours ‘seuls au monde’ à pêcher ‘tu as pris quoi toi ? Un bec de canne ? un perroquet ? ’, à se balader, à essayer de pêcher des langoustes sur le platier (sans succès) , à faire des salades de cœur de palmier, à faire des barbecue à terre, à  boire de l’eau de coco….  Mais pas que, lors des  apéros du soir !

Et toujours l’occasion de rencontrer des personnes étonnantes, aux parcours variés qui ont en commun de réaliser un rêve de voyage avec des motivations différentes mais sincères et ouvertes.

Il est très facile d’entrer en relation avec les autres bateaux au mouillage : on se salue en arrivant, on échange quelques mots et si le contact passe bien, ça se termine très souvent en apéro sur le mode ‘veillée ‘ : d’où on vient, où on va….

La 2ème fois qu’on est retournés à Toau, c’était avec Cécile (la fille d’Alain) et Hadrien (son compagnon) venus nous rejoindre une semaine. On s’est aussi régalés –la pêche a été bonne-

 et on a fait plein de contrées !  La dernière était à l’aéroport juste avant qu’ils ne prennent l’avion. Il y avait une revanche à finir…  On a laissé Cécile et Hadrien gagner, pour qu’ils restent sur un bon souvenir !

C’était vraiment super de les voir pendant cette durée : ils venaient de passer 15 jours dans la famille d’Hadrien, dont le papa est Polynésien – il vit à l’étranger-. C’était la 1ère fois qu’Hadrien venait en Polynésie et il a été très bien accueilli par sa grand-mère, son oncle et ses tantes.

Ils nous ont partagé leur plaisir à voyager dans ce contexte et on a passé de très bons moments ensemble. Cette période à Fakarava a été l’occasion de croiser des habitants une fois, deux fois, trois fois, de discuter,  d’enrichir notre perception sur la Polynésie. Pascale, Tino, Marguerite, Hayden, Marco, Liza, Lionel, Stéphanie, on ne se lasse pas.

Hayden et Calista, devant leur maison

Notre prochaine étape: Atapaki, puis Rangiroa où nous retrouverons Elsa et Clair-André pour le dernier mois de voyage. Nous avons décidé de ne pas ‘monter ‘ aux Marquises. C’est la période de l’année où les vents ne sont pas très favorables et là-bas, les mouillages sont ‘rouleurs’. Il parait que les Marquises sont magiques. Ce n’est peut être que partie remise. La vie réserve souvent de très belles surprises.

LES TUAMOTU: L’archipel sauvage

Hugo est arrivé dans le foyer de Clémentine & Corentin le 7 juin, emplissant de joie toute la famille. Valentin est un super grand frère, très attentionné.  Je repars retrouver Alain, heureuse de tous ces beaux instants de vie…

Après 37 heures de voyage -c’est loin de Lyon, la Polynésie…-  je rejoins le bord de Gaïa, dans l’atoll de Rangiroa. Je découvre les Tuamotu à bord du petit avion pris à Papeete. Voir un atoll du ciel est absolument magique : une couronne de terre qui arrête l’océan, son lagon calme et aux dégradés de bleus… ! Et dire que c’est ça notre terrain de jeu …

Je fais connaissance avec Mathieu et Céline, les équipiers –très sympas- de Gaia depuis le 3 juin : ils repartent demain vers de nouvelles aventures.

Avant la pluie… à Rangiroa – à côté de la passe Tiputa

Il y a beaucoup de vent,  des grains, le bateau tangue beaucoup au mouillage. Pas géniale, c’te météo et cela dure depuis plusieurs jours… Ca va s’améliorer, non ? ‘La suite prouva le contraire’ comme le dit Brassens. Allons-y pour parler du rôle de la météo en bateau, de son impact sur l’itinéraire, sur le moral des troupes, sur les activités à bord et hors bord…

 A l’heure où j’écris, le vent/ les grains se succèdent depuis mon retour, le 17 juin. C’est parfois ‘fiu’ comme on dit ici : c’est lassant, c’est fatiguant, c’est agaçant, selon les situations.

Mais, c’est aussi l’occasion d’expérimenter un autre rapport au temps, aux choses. Bel exercice pour moi… Par exemple : le 19 juin, on quitte Rangiroa en direction d’Apataki. Au moment de prendre mon quart à minuit, Alain me dit : ‘changement de programme, le vent refuse, il pleut non-stop, on ne va plus à Apataki, on va à Toau’. Va pour Toau alors… On se donc retrouve à Toau au petit matin, dans l’anse Amyot, qui se révèle être une très belle surprise : c’est un mouillage bien abrité , avec des patates de corail splendides, des poissons très très gros et en nombre impressionnant, l’accueil joyeux de Valentine et Gaston dans leur petit snack sur la plage, les rencontres avec les autres voileux. Tout super donc, sauf… la météo, très capricieuse : pluie/vent/soleil/pluie/vent…

Alors, on fait quoi, quand on est ‘bloqué’ pendant 24h de pluie non-stop dans notre 17 m² ?

On bricole : Alain scanne le bateau chaque matin et repère tout le petit entretien qui ne manque pas : vérifier/recoudre/réparer/nettoyer…

On bouquine : des romans, des essais comme par exemple,  ‘L’entraide, l’autre loi de la jungle’ –très bien-,  des bouquins sur la Polynésie prêtés par JC et c’est passionnant de découvrir aussi de cette manière une culture. 

On regarde des films – Encore merci à Jean de nous avoir passé un disque dur avec plein de films récents. Cela a été très apprécié lors des 24h de pluie non-stop à l’anse Amyot !

On fait la sieste, on cuisine –filets de poisson, crêpes ! – , on coud une housse de coussin, on regarde le paysage qui tourne autour de nous.

On fait des apéros, des coinches,  avec nos voisins: et il y en a, car tous les voileux viennent se ‘réfugier’ dans les mouillages les plus abrités, qui ne sont pas nombreux dans les atolls. Et puis, le bateau, dans ces coins là c’est un formidable vivier de discussions.

On va quand même se baigner, avec les shorty

Alain pêche, c’est vraiment un champion que ce soit avec la ligne, ou au harpon ! ça lui arrive même de pêcher au harpon depuis le bateau, sans se mouiller. Oh, sérieux ? je m’essplique : les poissons sont friands de nos restes et s’approchent facilement du bateau. C’est là, qu’Alain entre en action, avec succès !

On écrit, on rêve…  on invente sa journée au jour le jour !

Anse Amyot –Toau – le 25 juin – Ce matin, je suis allée ‘donner un coup de main’ à Valentine & Gaston qui attendaient 17 personnes pour le repas du soir : ratissage autour du snack, dégager la piste de pétanque,  éplucher oignons/carottes/ail tout en discutant avec Valentine : ‘Gaston a trouvé 7 langoustes sur le platier hier soir. Mais la marée n’était pas favorable. Moi ? j’ai grandi ici avec mes parents, mon frère et ma sœur. Ici, il n’y a pas d’autres habitants à l’année. Certains viennent parfois pour la saison du coprah ou pour pêcher, et repartent. La famille venait nous voir, ou alors c’est nous qui allions au village. C’est à 11 ans que j’ai vu mon 1er voilier dans l’anse, mais maintenant, il y en a trop. Surtout depuis 3 ans. Dès fois, il y a jusqu’à 15 bateaux.  Moi, je n’aime pas quand il y a trop de monde. Si ça continue, avec Gaston, on partira ailleurs, plus au calme’.

Il se dégage quelque chose de fort entre elle et son Tane (son homme). ‘La vie ici, c’est comme ailleurs, non ? on essaie de bien s’entendre les uns avec les autres, mais dès fois c’est difficile. Il faut  toujours essayer. Mon père m’a toujours dit que c’est important de sourire, que ça rend la vie plus douce’.

Fakarava – mercredi 26 juin – Rotoava

Arrivée ce matin à 6h après une nuit de navigation –

L’atoll de Fakarava compte 850 habitants, répartis essentiellement sur 20 kms le long des 60 Kms lagon.

La vie dans les atolls des Tuamotu est rythmée par l’arrivée de la Goelette (le nom est resté, pour ce qui est aujourd’hui des petits cargos). La Goelette assure le lien entre l’atoll et le reste du monde. C’est par elle que les marchandises circulent. Et jusqu’à l’arrivée du téléphone portable et d’internet, c’est par la Goelette que les nouvelles se transmettaient aussi , d’îles en îles.

A Fakarava, le Cobia passe chaque mercredi à Rotoava:

L’arrivée du Cobia

c’est l’effervescence autour du quai à son arrivée, qui devient ‘le’ lieu social  de l’île, où l’on se donne toutes les nouvelles de la semaine. Chacun.ne récupère le colis qu’il a commandé ou envoyé par sa famille: qui des tuyaux, qui du matériel de pêche, qui une pièce mécanique qu’il attend depuis 3 mois…Et le bateau repart, chargé de coprah, de poissons  et de colis pour les familles .

C’est LE jour d’approvisionnement dans les 3 petits magasins de l’île, particulièrement en fruits/légumes. Les bacs de ‘frais’ sont vides à 9h,  pleins à 11h et re-vides à 15h. Faut pas louper le créneau !

On fait donc la queue patiemment à 11h pour faire le plein de carottes, oignons, pamplemousses, yaourts…Pas de signe d’impatience, tout le monde est calme.

On prend un peu plus, car on ne sait jamais si le Cobia sera bien là la semaine prochaine. Et, en effet, les conditions météos n’ont pas permis la rotation du mercredi suivant. Il faudra faire avec ce qu’on a… et on adopte le régime des Tuamotu : riz/poisson/lait de coco !

Allez, direction le Sud de l’ïle, à Hirifa, où nous allons nous mettre à l’abri, avant un coup de vent annoncé.

Fakarava, samedi 29 juin – Hirifa

Le cadre est magnifique : une belle plage, une langue de sable, des camaieux de bleus sublimes ! Whoua… Il y a le Snack Hirifa, tenu par Liza – la sœur de Valentine -et son Tané.

Ce matin, j’ai donné la main à Liza : couper les filets de perroquets et préparer le poisson cru à la Tahitienne. Bon moment à discuter ensemble, de la vie de Liza, de l’activité de la plaisance qui se développe : ‘à Hirifa, le maximum de voiliers que j’ai vu, c’est 40 dans la baie’.De sa nouvelle vie ici depuis 6 ans : ‘Mon Tané (mon homme), il est venu pêcher à l’anse Amyot, chez ma sœur Valentine et c’est moi qu’il a pêché… Quand il m’a amené ici, j’ai dit c’est magnifique, on peut faire un petit snack pour les plaisanciers. Lui me disait, laisse c’est bon, on peut vivre à deux avec ma retraite de militaire, on n’a pas besoin de plus, mais moi, c’est pas la question de l’argent, c’est d’avoir une activité, c’est faire quelque chose et pouvoir être libre. De toutes façons, on  travaille quand on veut, si j’en ai marre, je vais chez mes enfants, à Rotoava (capitale de Fakarava), j’ai 5 petits enfants. Je les gâte, je me repose, je regarde la télé, et ensuite, je reviens. On met 1 heure en bateau, 1h30 quand le temps est mauvais. Dès fois, on voyage à l’étranger,  avec mon Tané et la famille de ma sœur ou mes enfants, ça dépend.  Par exemple, on part en croisière aux Etats-Unis, mais je n’ai pas aimé. Je regardais tous ces gens dans la petite piscine et je pensais à mon lagon …

Cette nuit, Liza ira à la pêche à la ligne à 3h du matin avec son Tané. ‘Bien sûr que j’irai, moi j’adore mon lagon, être sur l’eau, pêcher, regarder le ciel, c’est ça ma vie’…

Liza est bien du même bois que sa sœur, Valentine : souriante, active, joyeuse, avec un caractère bien affirmé. Les femmes polynésiennes sont décidément bien vivantes.

Le cochon est déjà en train de cuire…

On le dégustera ce soir avec 45 autres plaisanciers, français, états-uniens, canadiens, australiens, néo-zélandais, suisses… Il était vraiment délicieux de chez délicieux : il a grandi ici et comme il se nourrit essentiellement de noix de coco, cela se ressent dans le goût !

Hirifa – jeudi 4 juillet 2019

Toujours mauvais temps.

Et si je vous parlais de l’entrée dans le lagon de l’atoll, particulièrement aux Tuamotu ?  

On entre toujours dans le lagon par une ‘passe’ : une ouverture dans le récif assez profonde et assez  large qui permet aux bateaux de s’engager dans le lagon. Franchir une passe peut se révéler très sportif, voir dangereux selon les conditions : il faut prendre en compte les horaires des marées,  le courant  qui peut être très puissant –entrant ou sortant-, les conditions météo et les indications des ‘locaux’ souvent précieuses,  du genre: ‘si la mer mousse, tu ne sors pas’. Et toujours : ‘de jour, la passe tu franchiras !’ –quitte à faire des ronds dans l’eau en attendant…

Régulièrement, des voiliers se retrouvent sur le récif, très souvent par imprudence : passes franchies de nuit, non prise en compte des courants, inattention, panique lorsque le ‘mascaret’ provoque des vagues violentes au milieu de la passe. Depuis notre arrivée, 2 beaux voiliers ont connu ce triste sort. Les équipages sont toujours sains et saufs, mais le bateau est la plupart du temps perdu. Mais avec le meilleur capitaine au monde à bord, ça ne devrait pas arriver. On repart demain dans l’atoll de Toau, pour quelques jours. Le soleil est revenu, la vie est belle ! Je ne mets pas beaucoup de photos ce coup-ci, pas assez de réseau, mais c’est déjà une sacrée prouesse, qui n’était pas possible il y a encore quelques mois, ici.

Bora-Bora, la mythique…

 Bora Bora et retour sur Tahiti

Mi-mai 2019: à nous la mythique Bora-Bora, la perle du Pacifique, son lagon aux eaux turquoises,

ses hôtels dont le luxe dégoute parfois : par exemple, est-ce vraiment utile une piscine d’eau douce –alors que l’île manque d’eau douce-  à 3 m d’un magnifique lagon dont l’eau est à 29° toute l’année ?

En tout, ce sont 10 000 personnes qui vivent à Bora-Bora, une île qui fait 8 km de long sur 4 km de large. Sans oublier tous les ‘motus’ (ilots) dans le lagon, sur lesquels sont installés les grands hôtels.

Certes, Bora-Bora est une île très touristique, mais c’est un tourisme tranquille, davantage ‘balade en mer en journée’ que ‘grosses soirées’.  Clairement, ce n’est pas Ibiza ni Barcelone.  On y a passé 3 jours vraiment super : des paysages sublimes,

du pamatu (palmes/masque/tuba) grandiose avec plein plein de poissons (requins -même plus peur-, raies mantas…), une belle balade à pied ,

une rencontre dingue avec Ivan dit Ivanohé, un russe incroyable qui vit de manière incroyable … Cet homme est un roman à lui seul et il faut prévoir plusieurs tomes !

On a assisté à une chorale grandiose pour fêter les 20 ans de l’association des écoles de Bora-Bora avec 650 enfants représentant les différents villages de l’île et autant de spectateurs.

A Bora, comme sur les autres îles, les polynésiens ont une grande fierté et un grand plaisir à faire vivre leur culture, essentiellement autour du chant, de la danse et de la musique.
On a passé 3 jours superbes sur Bora et je serai bien restée quelques jours de plus,

mais pour bénéficier de bonnes conditions de vent et pour commencer notre retour vers Papeete, on a levé l’ancre vers Raiatea.

Après 6h de navigation, on a retrouvé JC à Raiatea et Alain s’est planté une écharde dans le pied sur un ponton pourri en bois. Donc, direction la pharmacie d’Uturoa  qui nous envoie chez le médecin, juste au dessus de la pharmacie. Le docteur nous reçoit rapidement, en savates (tongues)/short -qui est l’uniforme national- et une blouse blanche quand même ! D’emblée on se tutoie – j’apprécie vraiment cette manière simple de communiquer entre les humains, le vouvoiement crée des frontières artificielles et débiles qui n’ont rien à voir avec le respect – Le docteur ausculte Alain, essaie d’enlever l’écharde, mais elle est profonde et ‘molle’. Il conseille d’attendre, de désinfecter et voir comment ça évolue.. Parisien, il est arrivé ici il y a 30 ans, comme urgentiste, a ouvert le SAMU en Polynésie et a eu envie de redevenir ‘médecin de base’ il y a quelques années… Aujourd’hui,  Il prend le temps de faire du bateau et apprécie son mode de vie! On a discuté de l’obésité:‘c’est vraiment lié à ‘la mal-bouffe’, qui concorde avec l’arrivé du CEP (Centre d’expérimentation du Pacifique, dénomination politiquement correcte pour parler des essais nucléaires, j’y reviendrai dans un autre article) dans les années 1960′.  
Pour rentrer au bateau, on a pris notre 1er transport en commun : le truck !

Le truck: transport en commun, très sommaire: bancs en bois et peu de monde dans celui-ci !

C’était folklo : le chauffeur est d’abord allé chercher sa mère dans un magasin, puis il a fait un détour pour la  ramener chez elle, lui a déposé ses affaires dans sa maison et a continué son trajet. L’autre voyageur n’avait pas l’air du tout étonné. Ceci dit, les transports en commun sont quasi-inexistants sur les îles et très mal organisés à Papeete ! Tout est à faire…
On a continué notre navigation dans le lagon de Raiatea, toujours plus au sud, par petites étapes de 2h de navigation en moyenne…
Mardi 21 mai – Baie de Tua -Tua. Ce matin, petite visite pour la 2ème fois cette année, au marae Taputapuatea, le plus important centre cérémonial de Polynésie, voire du Pacifique. Magnifique !

Rencontre avec Philippe qui restaure les pierres pour les monuments historiques. Il est là pour 2 semaines, son voilier est dans la baie à côté. Il va restaurer la pierre sacrée, pour qu’elle retrouve sa couleur d’origine -claire quasi blanche-  et enlever les graffitis. ‘D’habitude ce sont les archéologues qui font ces travaux, mais de plus en plus, ils font appel à des corps de métier comme nous’. ‘Je suis arrivé ici en bateau de Martinique, il y a 2 ans’. Encore une personne bien sympa.
Puis direction le magasin du village d’Opoa.

En passant devant la mairie et l’école, on assiste à une répétition du Heiva des écoles. Le Heiva est le plus important festival de Polynésie qui a lieu en juin/juillet et fait concourir des groupes de danse, chant, musique de tous les archipels. Les groupes les plus célèbres se produisent à Tahiti, mais chaque île a ses manifestations.
Ici, les enfants de toute l’école (environ 150), toutes classes confondues, s’entrainent sous la direction de quelques adultes : il y a une chorégraphie, des chants, des danses et un groupe d’une dizaine de musiciens, enfants également.  Une instit m’explique que la représentation a lieu le 20 juin , que chaque classe a répété séparément et qu’aujourd’hui c’est le début des répétitions collectives pendant lesquelles les parents viennent aider avec plaisir.

On continue notre route… le magasin est plutôt bien achalandé. On trouve du pain, des pamplemousses, des concombres, des tomates et … de la salade !
On continue notre navigation, toujours plus au Sud. C’est de toute beauté : entre le marae vu de la mer, les montagnes vertes, les couleurs du lagon, on en prend plein les yeux, tout en glissant doucement sur l’eau vers la baie de Tua Tua.


On continue à rencontrer des gens intéressants . Par exemple, je suis intriguée par un bateau qui est arrivé dans la baie : sur une des voiles est écrit en gros ‘will you marry me ?’ Ma fibre romantique/fleur bleue s’anime. Joël est donc invité à l’apéro pour satisfaire ma curiosité :  il est new-zélandais, ébéniste, ses parents ont vécu ici quelques années avant sa naissance, il a cru mourir dans une tempête qui a duré 48h avec des vagues monstrueuses, il est très bricoleur (comme tous les marins), bosse ici et là et …. et …. et… ‘c’est l’ancien propriétaire qui avait écrit cela sur la voile. Je suppose qu’elle a dit ‘ oui’, puisqu’il ont eu un bébé ensemble et que cela n’est pas étranger à la vente de leur bateau’ .Happy end ! ‘Mais je dois enlever l’inscription, pour éviter des malentendus avec ma copine qui arrive dans quelques jours…’ Chouette soirée donc, en mode ‘veillée’, chacun racontant à l’autre ce qu’il veut bien partager de son récit de vie et moi jouant à imaginer des ‘suites’ ou des ‘avant’ totalement hasardeuses. Le lendemain matin, Joël avait la mine réjouie sur son annexe: ‘des amis viennent de rentrer de la pêche, ils m’ont donné ce poisson, passez dans quelques instants, je vous en prépare un morceau’. Morceau de 2kg, quand même et il était juste divin…

Les jours suivants, le temps a été parsemé de grains plus ou moins longs, plus ou moins intenses. Et pour moi, la vie est quand même bien moins rigolote sous la pluie… même si la pluie chaude est beaucoup agréable que la pluie froide !

Fin mai: Retour sur Papeete après 30 heures de navigation. Je prépare mon retour sur la France pour la venue du 2ème enfant et garçon de Clémentine&Corentin, annoncé le 9 juin. Je laisse Alain prêt à reprendre la mer, en direction des Tuamotus, en compagnie de JC et de 2 autres équipiers.  

Et c’est le 7 juin qu’Hugo est né à Lyon, en pleine forme . Et moi, très heureuse d’être présente à l’occasion de cet instant si particulier de vie…

Je repars à Papeete le 16 juin et je rejoins Alain à Rangiroa, dans l’archipel des Tuamotus, beaucoup plus sauvage et isolé que l’archipel de la Société dans lequel nous venons de passer 2 mois. En avant les histoires…

En avant les histoires…