Rangiroa, seuls au monde…

L’arrivée des Marquises  de l’Aranui, un bateau mi-fret mi-passager, est toujours une fête : c’est l’assurance d’avoir à profusion des bananes, pamplemousses –très doux et délicieux- , citrons verts –-très doux et délicieux également- , bananes, mangues. A condition d’être sur le quai dès que la barge de l’Arenui accoste à 7h. On y était et on fait le plein… C’est bonnnn.  

Alain a profité d’être à la mythique passe de Tiputa pour plonger avec des bouteilles, étant le seul à avoir le niveau 1. Bingo : il a pu ‘danser ‘ avec 2 dauphins et même les toucher car ils étaient très sociables. Nous avec Elsa et Clair-André, on a vu aussi des dauphins, mais du bord. Très chouette aussi.

Ils sont arrivés en annexe, grand sourire aux lèvres : ‘Bonjour, c’est vous Myriam et Alain ?’ ‘Oui, oui’ ‘Nous aussi, on est Myriam et Alain‘. Eclats de rire, présentation, invitation à prendre l’apéro… M&A sont sur Alaia, un catamaran et ils naviguent depuis 1 an ½.

Après un repas, puis un apéro, on décide, à l’aide d’une GPC -Gestion par consentement- en gros prise de décision par consentement, #gouvernance partagée, #intelligence collective, #Myriades J –  Pas évident, mais belle tentative. Bref, on décide donc de naviguer de concert –Alaia et Gaia-  pendant quelques jours  dans le lagon de Rangi.  Miracle, le vent finit par se calmer, la météo est super : à nous le ‘lagon bleu’, le Village abandonné d’Otepipi, faire une deuxième tentative de pêche à la langouste le soir sur le platier –toujours sans succès mais très sympa-. C’est pourtant simple : attendre que la nuit soit là, que la marée soit basse, que les langoustes remontent du tombant, repérer avec sa lampe 2 yeux phosphorescents dans l’eau, se placer derrière la langouste et l’attraper.  On n’a même pas été jusqu’à l’étape des ‘yeux  phosphorescents’. Dommage ! Ou alors on n’a pas été assez patients… On s’est quand même rattrapés avec des super barbecues le midi, spécial ‘pêche du jour’ : là, un magnifique bec de canne pêché par Alain2 et cuit sur la ‘soupe de corail’. Délicious ! Tout cela ‘seuls au monde’ !

Tikheau et son requin marteau…

Alaia est reparti vers Tiputa et nous vers Tikehau le 27 août, une petite navigation de 8h. Ils nous ont laissé de la levure pour faire du pain, Elsa était à la manœuvre, pour le plus grand bonheur d’Alain, qui a néanmoins décrété qu’il fallait économiser nos réserves de gaz.

On était contents d’arriver à Tikehau, au village (300 habitants), dans le petit port sans aucun service à quai mais relativement au calme. On a passé 2 jours très sympas, à divaguer dans le village, à discuter avec les uns et les autres et à faire quelques activités très utiles : du petit entretien de Gaia, les courses et le plein d’eau au hangar communal (150 litres x 8cts d’€/litre) ramenés avec une brouette. On est aussi allés à la mairie payer notre nuit au port, 28€ la nuit,  normalement. ‘On va peut-être rester encore ce soir’. ‘Vous payez une fois, ça suffit, ce n’est pas la peine de revenir payer demain’. ‘Bon, d’accord’. Le policier nous demande si on se plait à Tikehau et on discute avec Tauné de son idée de faire un café, elle nous en offre un, sympa. Pénélope arrive : ‘je suis ici depuis 1 an, mon copain est moniteur de plongée. Je prends le temps de vivre, je lis, j’écris mon rapport au monde, pourquoi je ne me sentais pas à ma place dans la société occidentale, le rôle de la religion, la surconsommation. Ici le temps passe autrement, c’est doux. Les relations sociales sont chouettes, on ne court pas dans tous les sens. Avec mon copain, on va faire du voilier, on ira dans des endroits encore plus tranquilles. Oui, oui,  je suis restée à Tikehau pendant tout ce temps, je n’ai pas eu besoin d’aller ailleurs, j’ai tout ici’. On discute aussi avec des Australiens, qui sont sur un catamaran : ‘On a acheté le bateau à Papeete il y a 1 an, on n’avait jamais fait de voile avant, mais on faisait du bateau à moteur en Australie. Un skipper nous a formé pendant le 1er mois et après, on s’est débrouillés tout seuls. Dans les livres, par l’expérience… ‘ –  Ben vous alors ? respect monsieur, madame …

On a vu 3 raies mantas à la ‘ferme de nettoyage’ : en gros, les raies mantas viennent chaque matin à un endroit dans le lagon pour se faire toiletter par certains poissons (petits). Magnifique de nager avec elles. C’est beau, majestueux, gracieux. On était à quelques mètres ! Merci la vie…

Ensuite on est allés plus loin dans le lagon, au ‘jardin d’Eden’, une communauté qui vit des produits de la terre /mer, comme à l’origine de la vie. Très chouette et même s’il y a une dimension religieuse très marquée qui ne me parle pas, mais qui est vécue avec beaucoup de tolérance.

On a continué notre tour du lagon et on n’est pas nombreux… juste quelques bateaux croisés et le bleu du lagon …

On s’est posés devant la passe de Tikehau, pour le plaisir de descendre la passe en courant entrant en se laissant dériver avec l’annexe le long du tombant. Le tombant est pas mal, mais pas fou non plus, pas de gros poissons.  On se rapproche des parcs à poissons, à la sortie de la passe, il n’y a que 6 à 8 m d’eau, des patates de corail, l’eau est transparente et là, là, un gros requin marteau arrive sur le côté. Comme j’en ai  jamais vu et que je trouve que ce poisson a une drôle de gueule, j’en ai pas peur et je le montre à Clair-André, Elsa et Alain qui remontent fissa sur l’annexe ‘c’est un requin marteau !’. Une belle bête de 4 à 5 m, qui est passée à 8 m de nous maximum. Le requin avait l’air tranquille, pas du tout en chasse et je crois qu’il a eu aussi peur que nous … On a bien rigolé… après !

Allez, on continue le périple, direction Huahiné…

Départ à 6h le lundi 2 septembre pour une navigation de 33h avec une arrivée le lendemain à 15h.  Au début, ça allait bien, mais avec la houle et le vent arrière ça swinguait fort sur Gaia. Par précaution, je m’étais patchée ‘anti-roulis’ avec le scopoderm,  donc je n’ai pas eu le mal de mer. Elsa a vraiment le pied marin, tout a été OK pour elle, Clair-André s’est patché aussi en cours de route et notre capitaine émérite a assuré pour tout comme d’hab ! On a tous fait nos quarts de nuit comme de parfaits équipiers que nous sommes…

A Huahiné, on passe du bon temps à Faré, à rencontrer encore d’autres voyageurs, des polynésiens, on se balade en voiture dans l’île, on discute de plein de choses avec Elsa et Clair-André, de CNV (communication non-violente), de l’immense vertu de la gentillesse, à cultiver et encore cultiver dans nos sociétés, plutôt que le stress et le rapport de force,  de ce voyage pas toujours facile pour moi. Elsa : ‘Ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir être dans cette liberté de l’instant, de ne pas avoir de programme, de vivre au jour le jour’. T’as raison copine !

Ensuite, a continué vers Raiatea (8h de nav), d’où Elsa et Clair-André nous ont quitté hier, après un super mois ensemble…

Pour la dernière étape du périple, on va aller explorer à partir du 15 septembre le Sud de Tahiti, avec JC qui nous rejoint demain.

Toau, Apataki, du bleu, tous les bleus…

C’est à l’anse Amyot (atoll de Toau) que nous avons fêté les 61 ans d’Alain le 1er août. On était déjà passés dans cet endroit  fin juin et c’était chouette de revoir Valentine et Gaston. ‘Oui, c’est possible de faire le repas demain midi, oui, on a des langoustes. C’est bien si tu trouves d’autres convives sur d’autres bateaux, 4 ou 5, mais sinon, c’est pas grave, ça sera bien aussi entre nous’. Finalement, on s’est retrouvés tous les 4 + Enrique…

Enrique vient de Madère et arrivait des Marquises :‘4 jours, vent de travers, parfait’.  Il fait un tour du monde particulier : à bord de son voilier, un 33 pieds des années 90, il transporte 200 litres de vin de Madère, dans 2 futs, sous scellés. ‘C’est la 1ère fois dans l’Histoire que le vin de Madère fait un tour du monde en voilier et c’est aussi la 1ère fois dans l’Histoire qu’un Madérien fait le tour du monde en voilier. En revenant à Madère, j’espère vendre le vin très cher’ dit-il dans un éclat de rire. C’est un personnage haut en couleur, très bon vivant, qui fait travailler ses enfants :’l’un  s’occupe de mon bar, l’autre s’occupe de ma maison d’hôte. Ils me donnent un ‘salaire’ pour que je parte voyager et que je les laisse tranquilles’. Rires.

On passe une excellente après-midi, à discuter des histoires de famille, qui sont aussi sportives ici qu’ailleurs…. Valentine : ‘Mes parents ont fui la maison, car mon grand-père ne voulait pas qu’ils se marient. C’est comme ça qu’ils sont arrivés d’Apataki à Toau (5 à 7 heures de navigation selon la météo) avec un petit bateau qui avait un tout petit moteur…Ma mère est revenue accoucher à Apataki et mon grand-père voulait me garder avec  lui, mais ma mère ne voulait pas, donc on est repartis en mer en pleine nuit, en se guidant avec les étoiles. J’avais 3 jours. C’est peut-être pour ça que j’ai toujours aimé la mer… ‘

Le père de Gaston est corse, mais il l’a très peu connu : ‘il était militaire quand il a rencontré ma mère. Il a du rentrer en France quand elle était enceinte. Il est revenu nous chercher quand j’avais 9 mois, mais les parents de ma mère n’ont pas voulu nous laisser partir. Depuis, je n’ai plus eu de nouvelles directement, mais j’ai appris que lorsque  j’étais petit, il a appelé plusieurs fois à la mairie pour savoir comment on allait. Aujourd’hui on a internet, mais jusqu’il y a 10 ans, on était très isolés. On a oublié que pendant très longtemps, la seule manière de se donner des nouvelles c’était par les goélettes, le courrier ou par la radio. Il y avait une émission très suivie ici dans laquelle chacun pouvait faire passer des messages à la famille dans les autres îles. Parfois, les gens oubliaient que toute la Polynésie les écoutait et ils avaient des messages très personnels, ou très codés’.

Enrique n’avait pas que du vin de Madère sur son bateau : il avait un magnum de rhum de 3 litres, du baccardi, que nous avons commencé à déguster à 15h ! Autant dire qu’on n’a pas fait long feu le soir…

Ensuite, on est partis vers Apataki, continuer notre visite des atolls. Encore un atoll ?  ben oui, chacun est ‘ni tout à fait le même ni tout à fait autre’, chacun permet de vivre des expériences différentes, dans d’autres lieux, avec d’autres personnes.

A Apataki, en arrivant, nous n’avons pas pu nous arrêter au village qui se trouve devant la passe et où vivent 400 habitants… Le mouillage était trop exposé au vent d’est. On a donc continué vers un mouillage plus abrité : 3heures  supplémentaires de navigation dans le lagon. Cela signifie que l’un de nous doit tout le temps être en veille à l’avant du bateau, pour signaler les patates de corail ou les bouées de ferme perlière,  car le lagon n’est pas hydrographié (en gros, il n’y a pas de carte maritime précise). Il ne faut pas que le temps soit couvert  et il ne faut pas avoir le soleil dans les yeux pour voir les patates de corail qui pourraient affleurer et dans lesquelles on pourrait ‘taper’ : le bateau ‘dépasse sous l’eau’ d’1,70m : c’est ce qu’on appelle le ‘tirant d’eau’.

On est  bien arrivés au mouillage, en face du chantier de carénage. Site magnifique, petit chantier familial. Rien à voir avec nos gros chantiers ! Quelle audace d’avoir fait un chantier au milieu de nulle part.

En arrivant à terre, on salue Tony, le cousin de Valentine et lui on transmet ‘qu’Ils vont bien et s’ils ne donnent pas de nouvelles, c’est que le téléphone ne marche pas : le technicien de Fakarava était en vacances, mais il est rentré hier, ca devrait remarcher bientôt’. ‘Ah, OK, c’est pour ça que je n’arrive à joindre personne ! ‘ ‘Gaston et Valentine vont essayer de passer un de ces jours, mais ils ne savent pas encore quand’ .Tony, dans un grand sourire : ‘Quand Valentine dit demain, ça peut être le demain de demain ou un autre demain, ce n’est jamais sûr avec eux, mais on sera heureux quand ils arriveront’.

La famille vit sur place : Les parents,  Assam et sa femme sont installés ici depuis 35 ans. Alfred leur fils et Pauline sa femme,  gèrent le chantier, ouvert en 2009. Alfred : ‘le chantier marche bien, on a du travail toute l’année, avec un petit creux en janvier/février, heureusement ! On a refusé 38 bateaux pour l’hivernage cette saison. La réalité, c’est qu’année après année, il y a de plus en plus de voiliers’.

Tony (le fils) est chef mécano (en plus de sa formation de bijouterie) + 2 employés.

Assam : ‘Je suis venu vivre ici dans les années 80, à ma retraite avec ma femme. On était les seuls ici. Chaque fois que des voiliers passaient, je les invitais pour discuter, passer un bon moment. On faisait des barbecues sur la plage car la maison était trop petite.’

Assam et sa femme ont développé un potager hors-sol, car c’est difficile de faire pousser des légumes  dans  la ‘soupe de corail’, juste bonne pour les cocotiers.  Et puis, il y a les rats, les crabes qui font autant de dégâts que les lapins, les sangliers… Faire pousser des salades ici, respect !

Ils ont aussi développé un élevage de 400 poules pondeuses qui permet d’approvisionner tout l’atoll et les atolls environnants.

Assam : ‘J’ai commencé à faire des légumes, puis à produire des œufs et j’ai fait une ferme perlière qui a très bien marché pendant des années’. Il fait un geste de croissance verticale avec sa main et un grand sourire! ‘Alors on a beaucoup voyagé avec ma femme, partout, en France, aux Etats-Unis. On aimait voir toutes les choses incroyables qu’il y a dans le monde, mais on aimait tout autant revenir chez nous, être au calme, dans notre maison. Notre fils, Alfred qui travaillait à Tahiti, s’est installé avec nous quand on a fait les perles.  Quand ça n’a plus marché, au début des années 2000,  il a eu l’idée de faire le chantier de carénage. C’est un succès ! Pour nous c’est bien d’être ensemble. Chacun a son ‘faré’ (habitation),  et on a un ‘faré cuisine’ pour nous tous. Comme ça, on mange souvent ensemble. Le ‘Faré’ d’Assam est resté très simple, par choix. Quand les perles marchaient bien, ils auraient pu se construire une plus grosse maison, avoir plus de biens matériels. ‘Pourquoi ? on est bien comme ça’.

Assam et sa femme sont deux personnes très agréables, souriantes et parlant très facilement de leur vie. On passe donc un très bon moment à discuter avec les uns et les autres et on repart au bateau avec de la salade, des concombres,  des œufs… C’est trop bon…

Ensuite, on est partis 2 jours dans le Nord d’Apataki, très très sauvage

pour revenir hier au Chantier, en prévision d’un coup de vent pendant 2 jours. Y’a en vraiment beaucoup du vent cette année …

Ensuite, en route vers Rangiroa, on s’est arrêtés au village d’Apataki. Un merveilleux petit moment : la goélette venait de passer, on a pu s’approvisionner de frais au magasin. Trouver quelques légumes aux Tuamotu est toujours une fête…  Le village est petit mais très agréable. Tout le monde se déplace en tricycle, c’est doux… Il y a une grosse activité avec les fermes perlières qui emploient une bonne partie des habitants. La gentillesse est toujours de mise : ‘prend mon tricycle pour ramener tes courses sur ton bateau, tu me le ramèneras quand tu auras fini’.

Le village d’Apataki: nouvelles du soir, de son tricycle !

On était bien en forme pour notre navigation de nuit. On a été bien secoués car on n’a pas eu assez de vent  -pas de bol hein !!! – et la belle houle du Pacifique était quand même là… Mais je n’ai plus le mal de mer depuis 2mois. Petite danse de la joie …

On est arrivés à Rangirora après 20h de navigation.

Et là, on attend Elsa et Clair-André qui arrivent dans quelques heures pour 1 mois. Chouette !  Ils sont là…

Bonne arrivée en Polynésie ! Collier de fleurs réalisées par nos petites mains..

Et le voyage continue, les nouvelles on vous les donne au rythme des connexions possibles …