Toau, Apataki, du bleu, tous les bleus…

C’est à l’anse Amyot (atoll de Toau) que nous avons fêté les 61 ans d’Alain le 1er août. On était déjà passés dans cet endroit  fin juin et c’était chouette de revoir Valentine et Gaston. ‘Oui, c’est possible de faire le repas demain midi, oui, on a des langoustes. C’est bien si tu trouves d’autres convives sur d’autres bateaux, 4 ou 5, mais sinon, c’est pas grave, ça sera bien aussi entre nous’. Finalement, on s’est retrouvés tous les 4 + Enrique…

Enrique vient de Madère et arrivait des Marquises :‘4 jours, vent de travers, parfait’.  Il fait un tour du monde particulier : à bord de son voilier, un 33 pieds des années 90, il transporte 200 litres de vin de Madère, dans 2 futs, sous scellés. ‘C’est la 1ère fois dans l’Histoire que le vin de Madère fait un tour du monde en voilier et c’est aussi la 1ère fois dans l’Histoire qu’un Madérien fait le tour du monde en voilier. En revenant à Madère, j’espère vendre le vin très cher’ dit-il dans un éclat de rire. C’est un personnage haut en couleur, très bon vivant, qui fait travailler ses enfants :’l’un  s’occupe de mon bar, l’autre s’occupe de ma maison d’hôte. Ils me donnent un ‘salaire’ pour que je parte voyager et que je les laisse tranquilles’. Rires.

On passe une excellente après-midi, à discuter des histoires de famille, qui sont aussi sportives ici qu’ailleurs…. Valentine : ‘Mes parents ont fui la maison, car mon grand-père ne voulait pas qu’ils se marient. C’est comme ça qu’ils sont arrivés d’Apataki à Toau (5 à 7 heures de navigation selon la météo) avec un petit bateau qui avait un tout petit moteur…Ma mère est revenue accoucher à Apataki et mon grand-père voulait me garder avec  lui, mais ma mère ne voulait pas, donc on est repartis en mer en pleine nuit, en se guidant avec les étoiles. J’avais 3 jours. C’est peut-être pour ça que j’ai toujours aimé la mer… ‘

Le père de Gaston est corse, mais il l’a très peu connu : ‘il était militaire quand il a rencontré ma mère. Il a du rentrer en France quand elle était enceinte. Il est revenu nous chercher quand j’avais 9 mois, mais les parents de ma mère n’ont pas voulu nous laisser partir. Depuis, je n’ai plus eu de nouvelles directement, mais j’ai appris que lorsque  j’étais petit, il a appelé plusieurs fois à la mairie pour savoir comment on allait. Aujourd’hui on a internet, mais jusqu’il y a 10 ans, on était très isolés. On a oublié que pendant très longtemps, la seule manière de se donner des nouvelles c’était par les goélettes, le courrier ou par la radio. Il y avait une émission très suivie ici dans laquelle chacun pouvait faire passer des messages à la famille dans les autres îles. Parfois, les gens oubliaient que toute la Polynésie les écoutait et ils avaient des messages très personnels, ou très codés’.

Enrique n’avait pas que du vin de Madère sur son bateau : il avait un magnum de rhum de 3 litres, du baccardi, que nous avons commencé à déguster à 15h ! Autant dire qu’on n’a pas fait long feu le soir…

Ensuite, on est partis vers Apataki, continuer notre visite des atolls. Encore un atoll ?  ben oui, chacun est ‘ni tout à fait le même ni tout à fait autre’, chacun permet de vivre des expériences différentes, dans d’autres lieux, avec d’autres personnes.

A Apataki, en arrivant, nous n’avons pas pu nous arrêter au village qui se trouve devant la passe et où vivent 400 habitants… Le mouillage était trop exposé au vent d’est. On a donc continué vers un mouillage plus abrité : 3heures  supplémentaires de navigation dans le lagon. Cela signifie que l’un de nous doit tout le temps être en veille à l’avant du bateau, pour signaler les patates de corail ou les bouées de ferme perlière,  car le lagon n’est pas hydrographié (en gros, il n’y a pas de carte maritime précise). Il ne faut pas que le temps soit couvert  et il ne faut pas avoir le soleil dans les yeux pour voir les patates de corail qui pourraient affleurer et dans lesquelles on pourrait ‘taper’ : le bateau ‘dépasse sous l’eau’ d’1,70m : c’est ce qu’on appelle le ‘tirant d’eau’.

On est  bien arrivés au mouillage, en face du chantier de carénage. Site magnifique, petit chantier familial. Rien à voir avec nos gros chantiers ! Quelle audace d’avoir fait un chantier au milieu de nulle part.

En arrivant à terre, on salue Tony, le cousin de Valentine et lui on transmet ‘qu’Ils vont bien et s’ils ne donnent pas de nouvelles, c’est que le téléphone ne marche pas : le technicien de Fakarava était en vacances, mais il est rentré hier, ca devrait remarcher bientôt’. ‘Ah, OK, c’est pour ça que je n’arrive à joindre personne ! ‘ ‘Gaston et Valentine vont essayer de passer un de ces jours, mais ils ne savent pas encore quand’ .Tony, dans un grand sourire : ‘Quand Valentine dit demain, ça peut être le demain de demain ou un autre demain, ce n’est jamais sûr avec eux, mais on sera heureux quand ils arriveront’.

La famille vit sur place : Les parents,  Assam et sa femme sont installés ici depuis 35 ans. Alfred leur fils et Pauline sa femme,  gèrent le chantier, ouvert en 2009. Alfred : ‘le chantier marche bien, on a du travail toute l’année, avec un petit creux en janvier/février, heureusement ! On a refusé 38 bateaux pour l’hivernage cette saison. La réalité, c’est qu’année après année, il y a de plus en plus de voiliers’.

Tony (le fils) est chef mécano (en plus de sa formation de bijouterie) + 2 employés.

Assam : ‘Je suis venu vivre ici dans les années 80, à ma retraite avec ma femme. On était les seuls ici. Chaque fois que des voiliers passaient, je les invitais pour discuter, passer un bon moment. On faisait des barbecues sur la plage car la maison était trop petite.’

Assam et sa femme ont développé un potager hors-sol, car c’est difficile de faire pousser des légumes  dans  la ‘soupe de corail’, juste bonne pour les cocotiers.  Et puis, il y a les rats, les crabes qui font autant de dégâts que les lapins, les sangliers… Faire pousser des salades ici, respect !

Ils ont aussi développé un élevage de 400 poules pondeuses qui permet d’approvisionner tout l’atoll et les atolls environnants.

Assam : ‘J’ai commencé à faire des légumes, puis à produire des œufs et j’ai fait une ferme perlière qui a très bien marché pendant des années’. Il fait un geste de croissance verticale avec sa main et un grand sourire! ‘Alors on a beaucoup voyagé avec ma femme, partout, en France, aux Etats-Unis. On aimait voir toutes les choses incroyables qu’il y a dans le monde, mais on aimait tout autant revenir chez nous, être au calme, dans notre maison. Notre fils, Alfred qui travaillait à Tahiti, s’est installé avec nous quand on a fait les perles.  Quand ça n’a plus marché, au début des années 2000,  il a eu l’idée de faire le chantier de carénage. C’est un succès ! Pour nous c’est bien d’être ensemble. Chacun a son ‘faré’ (habitation),  et on a un ‘faré cuisine’ pour nous tous. Comme ça, on mange souvent ensemble. Le ‘Faré’ d’Assam est resté très simple, par choix. Quand les perles marchaient bien, ils auraient pu se construire une plus grosse maison, avoir plus de biens matériels. ‘Pourquoi ? on est bien comme ça’.

Assam et sa femme sont deux personnes très agréables, souriantes et parlant très facilement de leur vie. On passe donc un très bon moment à discuter avec les uns et les autres et on repart au bateau avec de la salade, des concombres,  des œufs… C’est trop bon…

Ensuite, on est partis 2 jours dans le Nord d’Apataki, très très sauvage

pour revenir hier au Chantier, en prévision d’un coup de vent pendant 2 jours. Y’a en vraiment beaucoup du vent cette année …

Ensuite, en route vers Rangiroa, on s’est arrêtés au village d’Apataki. Un merveilleux petit moment : la goélette venait de passer, on a pu s’approvisionner de frais au magasin. Trouver quelques légumes aux Tuamotu est toujours une fête…  Le village est petit mais très agréable. Tout le monde se déplace en tricycle, c’est doux… Il y a une grosse activité avec les fermes perlières qui emploient une bonne partie des habitants. La gentillesse est toujours de mise : ‘prend mon tricycle pour ramener tes courses sur ton bateau, tu me le ramèneras quand tu auras fini’.

Le village d’Apataki: nouvelles du soir, de son tricycle !

On était bien en forme pour notre navigation de nuit. On a été bien secoués car on n’a pas eu assez de vent  -pas de bol hein !!! – et la belle houle du Pacifique était quand même là… Mais je n’ai plus le mal de mer depuis 2mois. Petite danse de la joie …

On est arrivés à Rangirora après 20h de navigation.

Et là, on attend Elsa et Clair-André qui arrivent dans quelques heures pour 1 mois. Chouette !  Ils sont là…

Bonne arrivée en Polynésie ! Collier de fleurs réalisées par nos petites mains..

Et le voyage continue, les nouvelles on vous les donne au rythme des connexions possibles …

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