Une fin qui n’en sera jamais vraiment une …

Nous sommes de retour à Gardanne depuis le 7 octobre ! Fin d’un voyage exceptionnel dans les eaux polynésiennes. Cet article décrit notre dernier mois, à bord de Gaïa et à terre. Le suivant -et dernier article- sera une réflexion plus générale sur ce voyage unique…

Raiatea, vendredi 13 septembre  – Marina Apoitii

On a laissé Clair-André et Elsa à l’aéroport hier, non sans émotion et on est allés à la marina d’Apoitii, en attendant l’arrivée de JC . On est à quai. Oui vous avez bien lu : à quai !  on profite d’avoir de l’eau à volonté -oui, vous avez bien lu : de l’eau à volonté !- pour se lancer dans de grandes lessives. Faire couler l’eau sans restriction est jouissif. On n’abuse pas non plus, hein ! C’est aussi l’occasion de faire de l’entretien du bateau : vidange du moteur par exemple.

La marina D’Apoitii, agréable et bien protégée

JC arrive à bord et on en reprend dans la foulée notre navigation vers le Sud de Raiatea. Parfois il y a du vent, parfois il pleut, parfois il fait soleil, mais il ne fait pas si chaud. En naviguant dans le lagon de Raiatea, on a la chance de voir des baleines à moins de 200m du bateau. Fascinant… elles sont 3 dont 1 baleineau. C’est la saison des baleines en Polynésie, elles viennent à cette période, entre juillet et octobre, pour donner la vie. Elles passent à moins de 30 m d’une va’a dont le rameur se retourne tranquillement avant de continuer sa route.

Plongeon d’une baleine…

On aura l’occasion d’en voir encore 2 autres fois et surtout de les entendre chanter: la coque du voilier fait caisse de résonance. Magique !

On alterne navigations de quelques heures dans le lagon, lectures, balade et visites. Alain est plus détendu car les conditions de navigation sont plus faciles que dans les Tuamotu.  

Marae de Taputapuatea
Fabrication du coprah: ramasser les noix de coco, les fendre en deux, les laisser sécher 2 ou 3 jours, dégager la pulpe à l’aide du pana, laisser sécher encore quelques jours, mettre en sacs de 25 kg, amener au port pour chargement vers le port de Tahiti où la coco sera transformée en huile de coco.

Mardi 17 septembre. Raiatea- Tahiti – Départ à 6h du matin mardi : houle croisée, bon vent jusque dans la nuit, puis moteur. JC a le mal de mer, je suis patchée ‘scopoderm’ et ça va. Je fais mon quart de 22h à 1h du matin. Il pleut. A 6h du matin mercredi matin on est devant la passe de Topiro, au sud de Tahiti quand le moteur s’arrête d’un coup. Cela me réveille : en ouvrant les yeux, je vois Alain et JC devant l’escalier ouvert, la tête dans le moteur. ‘Ça va ?’ ‘Nous oui, mais le moteur est en panne’. Ah ! Pour bien faire, il pleut, il n’y a plus un souffle de vent et Gaia devient de moins en moins manoeuvrant.

Panne de moteur, sous un temps splendide !

On essaie de tirer des bords mais c’est un exercice délicat sans vent et le courant nous ramène doucement vers le récif. On se décide finalement à contacter le centre des secours en mer : ‘Vous êtes en panne ?’‘Oui’ ‘En détresse’ ‘Non, pas encore’. Il est convenu que des secours seront mis en oeuvre si on se rapproche encore du récif. Alain continue son exploration méthodique du moteur. Il pleut toujours et on est très silencieux à bord. Étonnamment, je n’ai pas fait de photos ! A 13h, alors qu’on arrive difficilement à se maintenir au même endroit, que la houle est forte et que chaque mètre qui nous éloigne du récif est vécu comme une victoire, Alain arrive à faire redémarrer le moteur. Quel capitaine ! C’est la joie à bord…  Certainement un problème de qualité du gas-oil qui a encrassé le pré-filtre. 

Autant dire que l’arrivée à la marina de Taina à 16h est une fête… et on termine la journée au restaurant, devant une pizza et un mahi-mahi aux gnocchis. Délicieux ! A 20h on est au lit, raides fatigués. JC a quitté le bord à 16h30.

Jeudi 19  septembre 2019 – Marina Taina vers le port de Nairiri

On reprend la mer, vers la passe de Taina, assez sport, il y a des surfeurs. Il fait beau. Navigation en pleine mer et passe d’Aifa. Soit disant ‘praticable en tout temps’, il y a aujourd’hui des déferlantes car la houle a été forte et il y a un haut-fond au milieu de passe. Pour la 1ère fois, du voyage j’ai peur : peur que le bateau se mette sur le récif, peur de la puissance de la mer, une peur irrationnelle, mais présente. Heureusement, cela ne dure pas.

Déferlante derrière… évitée !

Je suis contente d’entrer dans le lagon.  On arrive peu de temps après au port. Pas de place à quai. En même temps, le port est tout petit, il y a 4 places pour les visiteurs. On mouille quand même au milieu du bassin et on va s’assurer auprès des locaux qu’on peut rester là cette nuit. Les pêcheurs de la coopérative sont attablés devant des bières. Ils commentent leur journée de pêche. Dolo –comme Dollar- nous donne son OK et nous invite à prendre place parmi eux. Les 2 heures suivantes sont animées et très sympathiques. ‘Ce n’est pas tout le monde qui fait le geste de venir nous voir, certains bateaux de passage ne viennent pas nous saluer, on est contents que soyez là’.

Le petit port de Nairiri
Départ d’un pêcheur, sur son potimarara à Nairiri

Vendredi 20 septembre  – Nairiri vers Port Phaeton

La sortie de la passe d’Aifa, se passe mieux que l’entrée : la houle est moins forte , pas de déferlante en vue. Navigation de 2h, tranquille, on arrive à Port Phaeton à 14h30. Descente à terre : on cherche à remplir le jerrycan de gas-oil (20l). On amarre l’annexe devant le ‘boulodrome’ et on discute un instant : ‘On est une association, on est ouvert le vendredi et samedi. On se relaie toutes les 5 semaines pour gérer le lieu. C’est mon mari qui fait à manger ce soir.  Le plat est à 600F. Vous trouverez une station essence après le Carrefour, juste en haut’. Le soir, il pleut, mais on se motive pour aller au boulodrome et on ne le regrette pas. C’est bon, l’ambiance est cosmopolite et conviviale.

Direction Tahiti Iti, la presqu’île…

Lundi 23 septembre 2019 – Matiti vers Motu Fenua i no – Belle nav dans le lagon. Les paysages sont magnifiques : verdoyants, lumineux.

On sort vers le large à la passe Havae, LA passe mythique pour les surfeurs avec la vague de Teahupoo. A 8h30 il y a déjà une 30aine de surfeurs sur l’eau, à attendre ‘LA’ vague et quelques bateaux de tourisme venus admirer les  sportifs. La hauteur des vagues est impressionnante, le fracas des vagues sur le récif l’est tout autant, c’est assez fou d’aller se mettre dans cette puissance marine… Chapeau les surfeurs ! On ne reste pas trop sur la zone, pas très sûre pour le bateau.

Dommage, mais contents d’avoir vu tout ça. On continue vers le motu Fenua Ino. On passe la pointe Sud de Tahiti, devant les falaises de Pari on tire un bord, puis un autre, il y a 20 nœuds de vent. On est bien secoués -comme souvent-, mer croisée, au près. Partis à 8h15 on arrive à 13h30. Le lieu est magnifique. Michel nous guide vers la place du mouillage. ‘Il n’y a pas beaucoup de voiliers qui s’arrêtent ici. Bienvenue’. Puis balade sur le motu, qui a été aménagé pour accueillir des touristes. Michel nous accueille dans sa maison. Il est ancien naviguant sur Air France : ‘J’ai arrêté de travailler à 50 ans. A l’époque, ils nous donnaient 100 000 euros pour partir, j’ai sauté sur l’occasion. Je vis ici depuis 15 ans. J’ai grandi ici. J’ai développé pendant quelques années une activité de ‘tour opérator’. J’allais chercher en bateau les touristes à Tautira, ils passaient la journée ici. Il y a même des gens qui louaient le motu pour le week-end . Mais j’ai arrêté car il y avait trop de bruit, d’alcool et  ça ne m’intéresse pas. Ce qui me plait ici, c’est la tranquillité et  c’est d’ailleurs pour cette raison que nous, les habitants, avons refusé qu’une route soit ouverte entre Tautira et Tepati. Malheureusement, je vis seul ici, ma femme et mes enfants sont en ville, à côté de Papeete. Je ne peux pas m’absenter facilement,  car il y a beaucoup de problèmes de vol ici. Je dois trouver quelqu’un qui vienne pendant mes déplacements et ce n’est pas facile’. A 16h, la navette maritime ramène 2  enfants de l’école : chaque jour à 6h le bateau vient les récupérer au bout du ponton devant chez eux et 45 min plus tard ils sont à l’école de Tautira. La 1ère navette est à 5h20 pour les collégiens/lycéens qui vont jusqu’à Taravao. Sacrée logistique ! On quitte à regret ce lieu, après une belle balade le long de la rivière…

Motu Fenua Ino

Jeudi 26 septembre.  Le retour à Papeete. Ce matin, départ de Tautira à 7h, direction Papeete. Ca y est, c’est la dernière étape . Il fait beau, l’air est clair. 30 miles et une arrivée  prévue à 13h. Belle navigation à la voile. D’abord du vent, puis pas de vent, puis beaucoup de vent  (25 nœuds) dans le dernier tronçon.  Arrivée sportive au port d’Arue, notre dernière étape, il y a juste une bonne rafale de vent quand on amarre Gaia. Un signe d’Eole en guise de salut ? Nos pensées balancent entre fin de quelque chose, plaisir d’avoir réussi ce voyage en voilier et fatigue aussi… Les derniers jours sont consacrés au grand rangement/nettoyage/ménage de Gaia, avant la passation à Seb et Charlotte. Ils sont arrivés de Moorea avec Man’o, c’est aussi leur dernière traversée sur leur Karaté… Moments très sympas ensemble.

Charlotte et Seb, qui arrivent avec Mana’o le karaté sur lequel ils vivent depuis 1 an. Ca va les changer d’être sur Gaïa, pour sûr ! Ils sont joyeusement impatients…

Lundi 30 septembre 2019 – Arue – C’est notre dernier jour sur Gaïa. On accueille Seb et Charlotte avec des colliers de fleurs pour leur arrivée sur ‘leur bateau’ et leur déménagement se fait, en quelques brouettes. Ce soir, c’est apéro Gaïen : Marine et Adrien à qui nous avons acheté Gaïa, avec leurs 2 baby, Seb et Charlotte les nouveaux proprios, Alain et moi, et JC qui nous rejoint un instant.  Super soirée à parler de navigations, du plaisir de voyager, de la Polynésie, de projets variés et divers…

Du mardi 1er octobre 2019 au vendredi 5 octobre.  On loue une voiture jusqu’à notre départ et on arpente Tahiti  et sa presqu’île par la terre : la vallée de la Papenoo, le plateau de Taravao, la remontée le long de la rivière à Tautira, et plein de petites balades.

Ce samedi 5 octobre, on décolle vers Paris, la tête pleine d’un voyage exceptionnel qui va nous accompagner encore longtemps .

Confection de colliers en fleurs, en signe de bienvenue, à l’arrivée…
Pour le départ, c’est un collier en coquillages…

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