Tahaa, l’île vanille

Vendredi 3 mai – Après avoir rechargé les batteries à la Marina d’Apooiti de Raiatea : ménage, douches, lessive à l’ancienne- dans un seau, à la main– rechargé le frigo de légumes frais, s’être baladés dans l’île, avoir eu plein de discussions sympas avec les voisins ‘voileux’ de la Marina lors d’apéros, on a levé l’ancre vers Tahaa, l’île vanille. Toute petite nav d’une 1h à peine, sous un bon vent, à la voile.  Cool ! Arrivée Baie D’Apu.

Ensuite, faut bien penser au repas de midi et le temps de dire : ‘ Alain sort le harpon’ et hop, 2 poissons sont déjà dans le cockpit. On applique la méthode polynésienne : prélever uniquement ce dont on a besoin, et pas plus ! A méditer…Comme il y a beaucoup de vent, on n’est pas très motivés pour faire trempette l’après-midi. On se met en mode ‘temps calme’ : bouquiner, regarder les autres bateaux au mouillage, bricoler et se préparer pour notre soirée Tahitienne avec spectacle de danse, oui, oui. Sur les bons conseils de ma cousine Brigitte qui a été sage-femme pendant 4 ans à Tahaa : ‘le meilleur spectacle de danse que j’ai eu l’occasion de voir en Polynésie’. On n’allait pas se priver de ça quand même … Donc on a réservé pour le ‘Ficus’, qui est juste en face de nous. A 18h on se rapproche, petite balade à pied au bord du lagon, c’est tellement calme et paisible. ‘Iaorana’ –bonjour- (en traînant un peu sur le a), par-çi, Iaorana par là, à chaque fois que l’on croise quelqu’un sur la route… A 19h, on se rend au Ficus et on arrive avec les bateaux charters : déversement d’Etats-Uniens, de Français… On est bien 70. L’accueil du touriste est bien rodé, chants, yukulélé, fleurs dans les cheveux, mais tout est chaleureux. Il y a juste un petit coin pour les ‘non charters’. Nos voisins de table, Céline et Niels, sont très sympas, alors on regroupe nos tables. Ils viennent de Montpellier. Céline travaille dans une grande enseigne, manage une équipe de 4 personnes ‘le chiffre on s’en fout –pas totalement quand même- le principal, c’est que notre équipe soit en forme’. Super nature, très vivante, sociable et rigolote. Le four tahitien est ouvert, très bien expliqué, mais les mets manquent de goût ! Le spectacle de danse Tahitienne est une première pour nous mais il ne donne pas des frissons non plus. Certes, les danseuses sont belles, les couronnes de fleurs autour des hanches donnent un chaloupé exceptionnel, mais il manque un petit supplément d’âme. Le spectacle est aussi dans la salle, toutes ces personnes accrochées à leurs smartphones en train de photographier, on a l’impression d’être dans le film ‘camping’, ça manque de classe ! Bonne fin de soirée, Régis, l’un des 3 médecins de l’île vient discuter avec nous, hélé par Céline et nous invite à venir passer le wik avec ses amis dans un motu (ilôt entre la barrière de corail et la terre) à 1h30 de navigation. On décline l’invitation, car on a une mission : retrouver la maison où a vécu ma cousine au fond de la baie d’Apu.

Samedi 4 mai Avec les jumelles et les indications qu’elle nous avait données, on l’a retrouvée assez facilement le lendemain. Au bord de l’eau, il y avait une femme avec deux enfants qui se baignaient. ‘Iarorana, on cherche la maison de Brigitte, qui a été sage-femme ici il y a 4 ans, est-ce que tu la connais ?’ : ‘Oui, oui, j’ai bien connu Brigitte et André, ils étaient gentils et calmes. C’est elle qui a accouché ma fille lors de la naissance de Daniel, mon petit-fils.’ Elle nous a amenés vers la maison. ‘Il n’y a pas de locataires en ce moment. Après Brigitte, il y a eu un couple d’instituteurs d’ici, mais c’était alcool, bruit, bagarres, et ils ne payaient pas leur loyer. Alors, un jour, on les a fait partir. La maison là, à côté c’est la mienne et celle de l’autre côté, c’est une locataire, calme’. On a salué les poissons devant chez elle, comme Brigitte nous l’avait demandé. Une grosse tortue s’est même présentée dans le lot. Très chouette ! On est ensuite partis se balader à pied, le long de la route. Quelques minutes après, une voiture s’arrête. C’était Timi et Fanny, qui nous proposent de nous faire un petit tour: ‘On a un peu de temps, ca nous fait plaisir de vous faire découvrir notre belle île’. Un pur moment de bonheur. Chacun se raconte un peu…

Fanny qui a du choisir entre son mari et son travail et qui ne regrette pas du tout d’avoir choisi son mari : ‘Il est très gentil avec moi, j’ai beaucoup de chance’. Ils ont 2 enfants, une fille qui est enseignante et un garçon qui est skipper. ‘Nous, on voulait qu’il soit enseignant, comme son grand-père, comme son père et comme sa sœur, mais lui depuis tout petit il voulait ‘conduire les bateaux’. Quand il a eu son bac, il a demandé d’aller faire la marine, mais on a dit ‘non’, donc il est allé à l’université pendant 2 ans. A 18 ans, il nous a dit : ‘maintenant c’est moi qui choisis.’ Et il a passé son brevet capitaine 200.Il est très heureux dans son métier de skipper. Ce qui compte, c’est qu’il soit heureux. Il me dit toujours de venir sur le bateau, mais moi, je n’aime pas trop la mer, j’en ai un peu peur, je ne sais pas si bien nager. Pendant 10 ans, je me suis occupée de ma mère qui avait Alzheimer . Elle était très gentille, mais c’était très prenant quand même. Là, on va s’occuper de ma-belle mère, 2 soirs par semaine. On fait un roulement avec le frère et la sœur de Timi. On arrive à 18h et on repart le matin. C’est pas du tout dérangeant, la maman de Timi est très gentille, on aime bien être là-bas. Et puis, c’est normal de s’occuper de ses parents. Je suis très croyante,  c’est le seigneur qui m’aide à être meilleure’.

Timy est instit. Il a commencé sa carrière aux Australes puis aux Tuamotu avant de pouvoir revenir à Tahaa. Il prend sa retraite dans quelques mois. Il est calme, très attentionné, nous explique les lieux. On le retrouvera quelques jours plus tard dans son école, juste à côté du collège: super cadre pour les enfants et ramassage scolaire efficace !

Son père était un grand producteur de vanille de l’ile  et il lui a transmis tous les secrets de cette plante si précieuse ici et considérée comme une des meilleures au monde.  D’ailleurs, quand il sera à la retraite, il va planter 500 pieds. ‘Mais pas plus’ dit Fanny ‘car après et on n’a plus le temps’.  ‘De quoi ?’ ‘De profiter de la vie’.‘Il faut faire attention aux voleurs de vanille. Il y en a régulièrement. Il faut dire qu’à 120€  le kilo de vanille sèche, ça attire les voleurs.  On essaie de planter dans un coin un peu éloigné et on évite d’en parler. Mais ça ne suffit pas…’ .On discute aussi de  son métier, ‘maintenant on nous demande d’apprendre aux enfants le français bien sûr, mais aussi le polynésien et l’anglais. ‘On n’a plus le temps de bien travailler. Et avec la loi Blaquer, les choses vont continuer à se dégrader. Dans mon école, il y avait 15 classes quand je suis arrivé il y a 20 ans, maintenant il y en a 7 : les polynésiens ont moins d’enfants aujourd’hui’. Après plus d’une heure à nous balader dans l’île en voiture, ils nous ont redéposés devant l’annexe. On  leur a proposé de passer sur le bateau, mais ils étaient occupés. ‘Ca nous a fait plaisir de vous rencontrer’ ont-ils conclu… Grands signes, sourires, ‘à bientôt’. Et nous, on est juste restés  scotchés par tant de gentillesse … C’est la meilleure part de l’humanité qu’on redécouvre ici.  

Lundi 6 au vendredi  10 mai -Motu Tau-tau, Tehotu, Tauvahiné, Baie de Haamene.  Ce matin, hop, on part vers le Motu Tau-Tau (1h de nav) considéré comme un des meilleurs spot de Pamatu (palmes- masque- tuba) –ou snorkeling pour ceux qui ne connaissent pas le français – de Polynésie…  Et bé, c’était top ! un sublime jardin de corail, eau transparence, grand soleil, couleurs du lagon émeraude, poissons à gogo, canyons de corail du blanc au violet, un truc de dingue !!! On y a passé des heures.

Mardi, on est allés dans la baie de Tapuamu (1h de nav) visiter la distillerie T Rhum du domaine de Pari-Pari. Un jeune enthousiaste nous a expliqué : ‘On achète la production à 43 familles – canne à sucre bio – on existe depuis 2005 – tout est artisanal – Il est Grenoblois, est arrivé ici comme stagiaire de BTS ‘assistant de gestion’ il y a 2ans 1/2 et n’est pas reparti… Le patron, Laurent, est arrivé de Paris en 2005 avec sa femme. Ils sont tombés amoureux de l’ile. Pari- pari : c’est à la fois la référence à Paris et au petit mont ‘Pari’ qui est derrière leur maison. La distillerie est tout mignonne, en bord de route, devant le lagon. Une petite unité à taille humaine, dans laquelle tout le monde à l’air d’y trouver son compte. On repart avec une bonne bouteille, normal, faut bien recharger la provision ‘apéro’ !

Après avoir fait les courses au petit magasin du village – poulet congelé, pain, lait , on est allés  chercher un peu plus loin sur le bord de la route des produits frais qu’on achète à Violette : pamplemousses et des bananes.Dans la foulée,  on est repartis vers le motu ‘Tehotu’(1 h de nav). Un petit miracle, face à Bora Bora. Des couleurs fabuleuses du lagon, un calme absolu. Pure soirée avec un coucher de soleil enfin digne de ce nom –sans être le plus dingue non plus-  sur Bora Bora.  

Ensuite, dimanche 5 mai, on est partis dans la baie d’Urepiti (1h de nav), où nous avons fait une belle balade et retrouvé le bateau ‘Uproar’ avec Ross, Liza et 2 amis : bon ben, apéro sur Gaia alors !…Arrive Noé très souriant, il s’approche pour nous signaler que la bouée sur laquelle nous sommes est à lui, mais pas de problèmes, on peut rester pour la nuit, il n’attend pas d’autres clients dans le cadre de son activité de botaniste qui propose des sorties à la journée. Si on veut, on peut se mettre sur son ponton pour bénéficier du wifi gratuit, et oui, c’est bien lui qui est dans le lonely planet : ‘tu as la dernière édition ? je peux prendre en photo ce qui est écrit ? ‘ Oui, bien sûr’. Il nous raconte un peu sa vie : je suis né ici il y a 35 ans, quand mes parents sont arrivés là après une longue navigation. Ils ne sont pas repartis et c’est leur catamaran qui est là, sur le ponton. Mon père se balade encore régulièrement avec, pas plus tard que cet après-midi’.

Lundi 6 au vendredi  10 mai -Motu Tau-tau, Tehotu, Tauvahiné, Baie de Haamene.  Ce matin, hop, on part vers le Motu Tau-Tau (1h de nav) considéré comme un des meilleurs spot de Pamatu (palmes- masque- tuba) –ou snorkeling pour ceux qui ne connaissent pas le français – de Polynésie…  Et bé, c’était top ! un sublime jardin de corail, eau transparence, grand soleil, couleurs du lagon émeraude, poissons à gogo, canyons de corail du blanc au violet, un truc de dingue !! On y a passé des heures.

Après avoir fait les courses au petit magasin du village – poulet congelé, pain, lait , on est allés  chercher un peu plus loin sur le bord de la route des produits frais qu’on achète à Violette : pamplemousses et des bananes. Dans la foulée,  on est repartis vers le motu ‘Tehotu’(1 h de nav). Un petit miracle, face à Bora Bora. Des couleurs fabuleuses du lagon, un calme absolu. Pure soirée avec un coucher de soleil enfin digne de ce nom –sans être le plus dingue non plus-  sur Bora Bora.

Coucher de soleil sur Bora Bora

 Réveil à 6h , Alain se met à briquer le pont, puis on part en annexe vers le motu, les couleurs du lagon sont éblouissantes. Des gens pêchent là, sont installés sur la plage, petit salut, Alain part avec le harpon et en 15 min on a un notre repas du jour. Le jardin de corail est très beau, mais quand je me retrouve presque nez-à -nez avec un petit requin de 2 m, j’ai palmé à fond jusqu’à l’annexe. ‘Euh, c’était pas prévu ça… ça fait un peu peur non?’. Alain se marre : ‘les petits requins ont peur de toi aussi’. Après enquête, ça va , les requins sont dans la plupart des cas inoffensifs en Polynésie. Et ça va dire quoi, ‘dans la plupart des cas ?’

Le requin revient près de l’annexe…

samedi 11 mai, on retrouve JC qui a fait ‘Regata Pearl Tahiti’, une régate sur 4 jours entre Tahiti et Tahaa,qui rassemblait 50 bateaux et qui s’est finie en grosse soirée sur un motu.

Demain, on part sur Bora Bora…

Huahiné, ses pêcheurs, ses voyageurs.

Huahiné est une île entourée par le récif, comme toutes les Iles de la Société (Tahiti, Moorea, Huahiné, Raiatea, Tahaa, Bora-Bora, Maupiti…). Elle est scindée en deux, reliée par un pont,  et une route permet d’en faire le tour : 60 km en tout et pour tout.

Huahiné signifie ‘la femme’, un peu comme la ‘vahiné’. On ressent davantage ici le rythme calé sur celui de la nature, la pêche, le coprah (pour son huile). Les arbres fournissent ‘Uru’, (fruit de l’arbre à pain), avocats, pamplemousses, bananes, fruits de la passion. Ici, il faut surtout prendre le temps de dégager les arbres des assauts des herbes, des lianes, des arbustes,  favorisés par le cocktail régulier pluie/soleil. Les jardiniers ont de quoi faire : tondre, tailler, tondre, tailler au moins une fois par mois,  toute l’année !

A Huhiné, il y a la tante de la femme de JC : Miriama. Elle y vit depuis sa pré-retraite, prise à 52 ans. C’est l’île de son père et elle y a une maison, au bord du lagon. Elle est active socialement, comme beaucoup de femmes ici. Elle participe à un groupe de danse, de soutien aux ‘évasans’ (évacués sanitaires), à la paroisse. D’ailleurs, c’est avec elle qu’on est allés au ‘culte de Pâques’ à Maroe. Une 100 aine de fidèles, surtout des femmes et plutôt âgées, élégantes en blanc et en ‘savates’ (tongs) avec de très jolis chapeaux généralement en matières naturelles (bois de pandanus, bambou, fleurs…). Le culte et les chants  étaient en tahitien, c’était très agréable et beau,  j’ai même reconnu quelques airs de chants, comme ‘à toi la gloire…’ et j’y suis allée de ma petite ritournelle en français. La classe !

Le vin et le pain de la Sainte -Cène étaient remplacés par de l’eau de coco et du pain de coco, on a trouvé cette adaptation aux réalités locales  pleine de bon sens. Mais il parait que cela n’a pas été du goût de certains paroissiens ! Ensuite on est allés avec Miriama manger dans un restaurant le ‘Mahi Tahiti’, avec le four Tahitien,  une tradition : on cuit sur des pierres, recouvertes de sables et terre, pendant des heures, à l’étouffée, du porc/poulet/veau/poisson/bénitier/banane/tarot/patate douce/igname/uru, entourés de feuilles de bananiers. Puis, chaque met  est présenté avec du lait de coco ou une autre sauce ou nature. C’est très bon ! Les Tahitiens présents avaient un sacré coup de fourchette : les assiettes étaient remplies et re-remplies… Quel festin !

On a aussi pris le temps de visiter l’île en voiture, l’occasion de faire d’autres rencontres : un pêcheur/tatoueur visiblement très heureux de son sort :

‘pour pêcher, c’est là devant, quand on a assez on s’arrête et on recommence après’ ‘Mon tatouage au cou ? c’est le parc à poisson qui est devant ma maison et le reste des motifs, c’est ma famille, la nature’. Une petite famille de ‘voileux’  avaient loué 2 scooters et on a ramené les enfants trempés par plusieurs ‘grains’ : ils nous ont invités à prendre l’apéro sur leur catamaran : partis pour un 1 an il y a 4 ans, avec 4 enfants. Moments de partage, d’échange de ‘bons plans’, de récits, de leur grosse frayeur quand leur catamaran a eu une grosse voie d’eau au départ des Marquises, avec intervention d’un avion venu de Papeete -4h de vol- et d’un bateau secours avec une motopompe qui a été transportée à bord pour évacuer l’eau et faire un début de réparation… Tout  s’est heureusement bien fini ! On commence à ‘entrer dans le rythme du voyage’, à prendre le tempo avec Gaïa, à avoir un peu moins de bricolages à faire, à être plus disponibles pour notre environnement. Et puis, ça y est, Alain a repéré les poissons à pêcher et depuis quelques jours, on se régale !

C’est quand même grandiose d’assurer son repas de cette manière. Et c’est tellement beau de voir cette vie et ces couleurs dans les ‘patates de corail’. J’ai vu une très belle ‘raie léopard’ : grande,  majestueuse et gracieuse. A moins d’un mètre de moi !  Pas trop rassurée au début : ‘euh, t’es qui toi ?’ mais finalement en restant bien tranquille tout se passe bien. Et surtout en allant demander aux gens ou s’assurer ensuite dans les bouquins qu’on ne craint rien.  Pas mal de pluie/grains ces jours çi, on est dans la fin de la saison des pluies. Mais, même sous la pluie il fait chaud !

On est à Raiatea.. le voyage continue…Raiatea, sa rivière et ses grains… Après 5 heures de navigation vraiment pas confortables entre Huahiné et Raiatea- vent arrière faible, mer courte et croisée, on a été très secoués-  on s’est posés dans la baie de Faaroa ! un très bel endroit, à l’embouchure de la seule rivière navigable de Polynésie – sur 2 kms -… qu’on a remonté en annexe, à la rame. C’était beau, paisible…

En cours de route, André nous a fait visiter son jardin, un petit Eden :2 ha qu’il cultive avec son père. ‘J’ai ma pension d’ancien militaire et le champs c’est pour nourrir la famille, vendre un peu le surplus. Ici, je suis bien, je n’ai pas de ‘boss’. Nous sommes repartis avec un ½ régime de bananes, des tarots, des patates douces, des fruits…  et lui partait s’entrainer en ‘va’a’ la pirogue, en perspective de la grande course chaque année début novembre.La va’a est vraiment le sport national ici.

On a partagé ½ régime de bananes avec les 2 autres voiliers au mouillage : des Etats-Uniens et un Belge. Tous sympas ! Apéro, discussions, bière/rhum, dodo.

Avant de partir à Moorea

Petit moment de balade et détente à la ‘pointe Vénus’ au coucher du soleil : c’est l’heure douce, celle où les familles en vacances scolaires de Pâques viennent s’essayer au surf pour les plus débutants, celle des entrainements en vaa (pirogues) en vue de la grande fête de juillet -heiva -, celle où il fait bon être dans l’eau dont la température est à 29 °.

Nous voici prêts à larguer les amarres en direction de Moorea. On a finalement acquis une nouvelle annexe, avec un fond semi-rigide et le moteur a du être changé également ! On se répète -et je sens qu’on n’a pas fini- mais là encore les relations ont été simples, sympas et efficaces avec tous nos interlocuteurs.
On repart donc avec du matériel tout neuf et c’est peut-être mieux finalement que cet incident soit arrivé à Papeete. N’importe où ailleurs, on aurait galéré davantage… et faire du ‘bateau stop’

pour rejoindre Gaïa nous a encore permis de rencontrer des gens sympas… Par exemple, une famille qui venait d’Israël : ‘Notre voyage devait durer 1 an et ça fait 4 ans maintenant qu’on navigue avec nos 2 filles qui ont aujourd’hui 11 ans et 16 ans. Mais là, on va devoir rentrer, car il y a les études. En Polynésie, ça fait 2 ans qu’on est arrivés et on ne se lasse pas…’.
De notre côté, l’équipage est en forme, un peu claqué par la chaleur mais impatient d’aller taquiner le Pacifique. On part d’Arue jeudi matin, direction Moorea et la traversée devrait durer environ 4 heures, selon le vent. A nous la baie de Cook et d’Opunohu !
La tenue du blog sera un peu plus aléatoire à partir de ce moment, mais le cœur y est.

De Tahiti (Marina d’Arue) à Moorea
La Polynésie, sans les Marquises qui sont tout au nord-est

Joies et déboire…

‘Un dimanche soir sur la terre’ : il fait 32° chez JC et la semaine a passé à la vitesse du son…

On a été totalement absorbés par les préparatifs pour Gaïa : récupérer les batteries neuves qui étaient bloquées en douane à cause d’une panne informatique, faire réparer le fond de l’annexe qui était percé,  trouver du tissu pour faire ‘pare-soleil’, trouver une cocotte-minute à la bonne dimension des coffres de rangement (6 litres), faire le carénage, changer le sondeur, réparer tout ce qui fonctionne mais qui pourrait mieux fonctionner,  nettoyer, ranger, dégripper…

Bref, une semaine de courses, de travaux, de bricolage ! Malgré la présence de 2 hyper marchés (Carrefour et Hyper U) on ne trouve pas de tout… Il faut dire qu’on  est quand même à 7000 Kms du 1er point d’approvisionnement (Nouvelle-Zélande ou Etats-Unis) : cela rend parfois les choses sportives,  donc on ne pinaille pas sur le choix de la couleur des draps !
Quand on a déplacé pour la 1re fois Gaia très tôt le matin, vers le chantier de carénage à 1h de navigation de la Marina de Papeete, c’était la joie à bord : le Captain était pas peu fier à la barre de Gaia et quand un banc de dauphins a entouré le bateau au moment où l’on passait les feux de sortie du port de Papeete, on a pris cela comme un excellent présage…   et on était comme deux gosses tout heureux ! Le carénage s’est passé comme sur des roulettes. Pas de mauvaise surprise sur la coque en sortant le bateau,  une équipe du chantier hyper-pro,  accueillante et serviable. Par exemple,  pendant que Gaïa était sur cale sèche, ils nous ont livré ‘à bord’ les 3 batteries neuves et le stock de bouteilles de gaz pour la cuisine d’un coup d’élévateur.  Hop, 130 kgs de moins à  manipuler pour nos petits bras…  Toutes ces petites choses qui rendent la vie plus douce et qui sont faites avec le sourire. Ca fait chaud au cœur. On constate dans chaque situation que la gentillesse est la règle et l’énervement quasi inexistant… Je me demande pourquoi on se prive d’une telle qualité de vie en ‘métropole’, parce-que franchement ça ne coûte pas plus cher et le résultat est tellement plus agréable au quotidien !

Hier tout était nickel,  on était sur un corps mort à la marina d’Arue et ravis d’envisager de s’installer vraiment  sur Gaia.

Dans le soleil couchant, on a étrenné l’annexe pour aller sur terre, avant de dormir chez JC une dernière nuit.

Samedi après midi, grosse émotion en retrouvant notre annexe au fond de l’eau ! Oups, petit moment de solitude… On a l’a récupérée au bout de l’amarre et on a tout de suite rincé le moteur à l’eau douce en espérant qu’il ne soit pas foutu… Bon, j’ai pas fait trop de photos,  l’ambiance n’était pas vraiment au reportage !

Autopsie : certainement trop gonflé, un boudin s’est décollé avec la chaleur et  le compartiment entre les 2 boudins n’était pas si étanche que ça… On pense que le revêtement (hypalon) a été fragilisé par le soleil et n’a pas résisté !

Un peu déprimés, on est rentrés chez Jean-Claude pour essayer de bricoler le moteur, mais les vis étaient tellement rouillées qu’Alain a renoncé. Le matériel doit être particulièrement bien entretenu dans ces zones tropicales qui malmène les matériaux.
Il ne reste plus qu’à attendre lundi pour l’amener à réparer et trouver une nouvelle annexe – d’occasion si possible, même si le marché de l’occas n’est pas du tout actif pour des ‘petits moteurs’-. Ici, la règle c’est plutôt des gros catamarans avec de grosses annexes -par rapport à Gaïa-.

Ce matin on a fait du ‘bateau stop’ pour monter sur Gaïa et continuer les bricolages : mise en marche du téléphone par satellite (Iridium) pour avoir la météo et en cas d’urgence,  , installation des batteries, mise en route du sondeur… 

Installation des batteries neuves

Il fait toujours aussi  anormalement chaud. 32° à l’intérieur de la maison. Le soleil cogne fort ! Sur le bateau on boit autant d’eau qu’on l’évapore… on frôle les 50 degrés –dixit Alain qui ruisselle en bricolant dans la cabine arrière tribord ! – Le changement climatique a aussi un impact ici…

Aujourd’hui, Ida organisait encore une fête pour l’anniversaire d’une amie. Il y avait une 15aine de personnes, des ‘demi’ (1/2  polynésien.ne  et 1/2  autre, sachant que le ‘autre’ va de la Chine à la France en passant par l’Algérie ou le Bénin) . C’est fou comme l’être humain se balade !  Il y avait aussi des amis originaires d’autres archipels.

J’aime bien la façon dont les fêtes se passent ici… chacun apporte quelque chose, dans sa glacière, arrive à l’heure qu’il veut, repart à l’heure qu’il veut. La table reste garnie toute la journée et le coup de fourchette est sacrément costaud ici : on attaque vers 11h30 et on termine vers 20h. Barbecue de poisson, viandes, poisson cru sous différentes formes, légumes locaux (tarot, fruit de l’arbre à pain, patates douces). On ne force pas trop sur la salade !

Je sais maintenant faire le poisson cru à la Tahitienne et je pense que ça va être notre plat principal sur le bateau … Miam !

Les sardines crues au lait de coco n’ont plus de secret pour moi grâce à Coco
Allez, ca va être ça notre spectacle dès qu’on aura mis les voiles…

J+2

Youpi on y est !

Après 30 heures de trajet de porte à porte (Marseille- Papeete)  l’Ile de Tahiti est apparue dans le soleil levant  samedi matin et c’était de toute beauté avec ses montagnes hautes et vertes.  Ce petit point au milieu du Pacifique devient réalité et c’est bon …
Jean-Claude, l’ami d’Alain, nous a accueilli à l’aéroport avec le traditionnel collier de fleurs et nous avons été directement chez lui : il est super bien installé, sur les hauteurs de Papeete, dans une maison très agréable à vivre, très aérée, avec une vue magnifique sur la mer.
Nous y avons retrouvé Ida, sa femme, Vaimiti, sa fille de 26 ans, Teaeo le copain de sa fille et Rainui, son fils de 23 ans. Tous vivent ensemble à la maison.
Nous étions ensuite impatients d’aller saluer ‘Gaia’, le bateau qui nous attend dans la marina de Papeete et c’était super de le découvrir. Il est top et on va y être très bien !

Nous découvrons Papeete avec JC et Ida… par exemple, aller manger aux ‘roulottes’ sur le port. Une roulotte, c’est comme un ‘camion pizza’,  avec des tables devant, qui propose une cuisine polynésienne ou asiatique populaire : poisson cru ou grillé, viande, frites. Amis et familles s’y retrouvent pour passer la soirée dans une ambiance très agréable, en plein air…

Nous avons discuté du travail d’Ida dans une asso qui accueille des jeunes de 13 à 18 ans en grande difficulté et ici aussi, le tissu social se délite parfois : l’éloignement entre les Iles, la drogue qui fait des ravages avec  l’ice, le chômage… ‘on a de plus en plus de mal, les situations relèvent de plus en plus de la psychiatrie’.

JC confirme : ‘Quand je suis arrivé à Tahiti il y a 30 ans, il n’y avait qu’un seul SDF à Papeete. Il s’appelait Emile et était considéré par la population. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de SDF, peut-être 200 dans la ville qui compte 40 000 habitants et ces SDF sont en piteux état avec la drogue. C’est vraiment triste et de plus, ce phénomène se développe ‘.

Dimanche matin, il ne fallait pas rater le marché de Papeete, particulièrement animé ce jour là. Quand nous sommes arrivés à 7h, c’était presque la fin : le marché débute vers 4h et termine à 8h.

Il faut dire qu’ici,  on se lève avec le soleil vers 6h et on se couche tôt aussi : vers 21h.

Quel spectacle ! Profusion de fruits et légumes tropicaux, de poissons, de vendeurs de cochon grillé, de petits plats à déguster sur le pouce ou à ramener à la maison, de préparations à base de lait de coco. Bref, j’ai voulu goûter à presque tout, c’était délicieux et on a ramené plein de victuailles pour le repas de midi !

Adrien et Marine, à qui nous avons acheté le bateau, nous ont rejoints pour faire ‘la passation’ autour d’une bonne bouteille :  après le repas, de belles discussions et 2h ½ d’intense exploration, Gaia n’avait presque plus de secrets pour Alain. Le matériel laissé à bord plein par Marine et Adrien nous sera très utile. Merci à eux !

Les hommes étaient en nage, car il fait particulièrement chaud ces jours çi : environ 32 ° -et avec l’humidité  on transpire davantage –  et il n’y a pas quasiment pas de différence entre le jour et la nuit.  

Pendant ce temps, sur le ponton, les uns et les autres passaient, saluer Adrien et Marine qui sont restés 3 mois dans la marina avant d’aller s’installer ‘en ville’ quand ils nous ont vendu le bateau.

Ils venaient aussi faire connaissance avec ‘les nouveaux’ que nous sommes. Tous sont de ‘grands navigateurs’ partis pour un tour du monde d’au minimum 2 ans et plutôt 4 ou 5 ans, souvent avec des enfants. C’était vraiment un très bon moment et passionnant de les écouter : les récits de vie et de voyage me captivent.

S’installer dans le bateau, c’est l’aménager, le préparer pour le voyage, le caréner. Donc, pas mal de petites courses…Dans les commerces les gens sont très sympas, cherchent toujours à te renseigner. Le tutoiement est de mise entre tout le monde, dans tous les espaces. C’est tellement plus simple !

Nos premières impressions sur Tahiti sont excellentes, le mythe de la Polynésie fonctionne -sauf pour les vahinés qui ont troqué  le régime alimentaire poisson/riz  pour adopter celui des Etats-Unis gras et sucré ! – et on vous dira si ça se confirme.

On compte lever l’ancre dimanche ou lundi, direction Moorea.

A J-2

Et voilà, on y est presque… Après des mois à y penser, à en parler, à le préparer, à le rêver ce voyage, c’est l’heure de boucler les sacs ! Yepa…

C’est le moment où il faut ‘arbitrer’ pour contenir les kilos. Dans notre cas, c’est 1 bagage par personne en soute (max 23kg) + 1 bagage ‘cabine’.  Dans lesquels il faut caser: le récupérateur d’eau spécialement conçu et cousu par Alain, du matériel pour le bateau, le matos de plongée, les affaires pour 6 mois -et donc à minima un peu d’huile essentielle de lavande pour la Drômoise que je suis… – pas mal de médicaments sur les recommandations du Centre de consultation médical maritime de Toulouse ; la liseuse, les ordis, un porte-verre à installer sur Gaïa… et hop, ce sera direction Papeete vendredi 29 mars. C’est comme ça que les rêves deviennent réalité ! Merci la vie…P1000016